Les lectures de Farzad

Étiquette : Book Review

Analyses détaillées et avis personnels sur des romans, essais, et autres ouvrages littéraires pour guider vos prochaines lectures. / Detailed analyses and personal opinions on novels, essays, and other literary works to guide your next reads

  • « La démocratie des crédules » de Gérald Bronner

    Avec ce livre, c’est un tout autre domaine que j’aborde, la sociologie ! La démocratie des crédules de Gérald Bronner s’attache à énumérer, analyser, justifier scientifiquement les biais psychologiques qui font que tant de gens croient à des théories du complot, à des mensonges incroyables, des choses totalement fausses, etc., dans le contexte particulier d’Internet. L’émergence d’Internet a en effet amplifié la diffusion et la prégnance de toutes ces théories fausses qui, auparavant, ne quittaient pas le comptoir du café du coin de la rue…

    image

    Bronner (https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rald_Bronner) est un sociologue de référence, un « vrai sociologue » comme j’aime à dire, contrairement à toute une génération de sociologues biberonnés aux théories absurdes et non prouvées de Bourdieu 😄

    Il écrit souvent des articles dans la revue Science et Pseudo-sciences et dans divers magazines. Il est plutôt spécialisé dans les croyances collectives et plus généralement les phénomènes de cognitions sociales. Ce livre de vulgarisation et de synthèse est heureusement très lisible et comporte peu de jargon de sociologue.

    Dans une première partie Bronner donne plein d’exemples de biais, propose des jeux qui permettent de mettre en évidence nos biais de raisonnement qui nous amène à donner des réponses totalement fausses, mais qui ont l’apparence de la vérité. Je crois que je me suis lamentablement vautré dans tous les exercices / jeux qu’il propose et donné des réponses fausses ! 😒

    Il détaille ensuite plus scientifiquement ces biais, donne des exemples très concrets et contemporains (le livre, écrit en 2013, et toujours totalement d’actualité), cite des études scientifiques, dont des études contradictoires avec sa thèse. Après avoir démonté par la preuve le soi-disant scandale des suicides de France Télécom (mes convictions à ce sujet ont été ébranlées…), il parle abondamment de la démocratie participative, sujet vraiment d’actualité avec les Gilets Jaunes, en expliquant les limites de la « sagesse des foules ». Tous en étant un fervent défenseur de la démocratie, il en démontre les limites quand il s’agit de choisir entre l’avis d’un expert et l’opinion de la foule…

    Dans une troisième partie plus courte il tente d’apporter des ébauches de solutions, des pistes, notamment dans le cadre de l’enseignement. Cette troisième partie m’a rendu cependant plus pessimiste qu’avant ma lecture, car les solutions sont rares et difficiles à mettre en œuvre !

    Je recommande chaudement cet ouvrage à tous ceux qui cherchent à garder un esprit critique et à comprendre comment déjouer les pièges de notre cerveau, l’utilisation de nos biais psychologiques par des manipulateurs et le rôle négatif d’Internet dans la diffusion de croyances et de complots. Voici un autre article sur ce livre : https://www.afis.org/La-democratie-des-credules

  • « Gens de France et d’ailleurs » de Jean Teulé

    Une lecture mes lectures BD récente est un livre inclassable, « Gens de France et d’ailleurs » de Jean Teulé. C’est la réédition de minireportages qu’il a réalisés dans les années 80 et édité chez Casterman, sur des paumés, des gens très étranges, des meurtres, des fous… C’est foutraque et très drôle à la fois, même la forme est étrange : mélange de photos, de textes, de dessins, de collages, à l’image de l’auteur qui est à la fois auteur de BD, écrivain, chroniqueur télé (L’assiette anglaise, années 80), réalisateur, acteur…

    image

    C’est très décalé et décapant, il arrive à faire rire ou ressentir de la compassion avec des gens vraiment déglingués avec lesquels il est parfois vraiment caustiques. J’ai adoré !

    Son interview de l’auteur de BD Philippe Druillet, dont il se moque pas mal de manière irrévérencieuse :

    image

    Les manifestations étudiantes de 86, là il interviewe une fasciste du GUD ainsi que d’autres manifestantes :

    image

    Je crois que je l’ai acheté il y a plus de 12/13 ans, je ne connaissais pas l’auteur, mais ma femme connaissait sa chronique décalée à l’Assiette anglaise, et comme son éditeur, Ego comme X, était spécialisé en autobiographie et romans graphiques que j’adore, j’ai craqué. Mais comme il est énorme et que le style est très particulier, j’ai mis du temps à l’ouvrir.

    Bon, cette BD-ci je ne la prête pas, déjà parce qu’elle est énorme et pèse 1.5 kg, mais aussi parce que c’est une pièce rare : Ego comme X a coulé il y a quelques années et la plupart des œuvres ne sont pas rééditées 😢

    Mise à jour 2021 : La BD a été rééditée !

  • « Le journal d’un ingénu » by Émile Bravo

    Note: Article from 2019 that I had not posted.

    Dark reading with Le journal d’un ingénu by Émile Bravo. This volume, the first of a series by Bravo, is part of the « reboots » of Spirou by contemporary authors.

    image

    Émile Bravo tells here the genesis of Spirou, his unhappy childhood, why he chose to keep his hotel bellboy costume even as an adult, where his squirrel comes from… It’s quite dark in spite of the humor and the little love story, we are on the eve of World War II and Poland and Germany are secretly negotiating an agreement to avoid war in the hotel where Spirou works, in vain as we already know.

    I liked this volume even though I never read Spirou and Fantasio in my life, I knew Émile Bravo by name, he is apparently famous in the world of children’s comics and one of his friends (Sfar or Trondheim, I don’t remember) said that he was unjustly ignored. He is now recognized thanks to this series, because the sequel in several volumes, L’espoir malgré tout, has very good reviews.

    I recommend this comic and am thinking of buying the sequel.

  • « Le journal d’un ingénu » d’Émile Bravo

    Note : Article de 2019 que je n’avais pas mis en ligne.

    Lecture un peu sombre avec Le journal d’un ingénu d’Émile Bravo. Ce volume, le premier d’une série par Bravo, fait partie de « reboots » de Spirou par des auteurs contemporains.

    Émile Bravo raconte ici la genèse de Spirou, son enfance malheureuse, pourquoi il a choisi de conserver son costume de groom d’hôtel même adulte, d’où vient son écureuil… C’est assez sombre malgré l’humour et la petite histoire d’amour, nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale et la Pologne et l’Allemagne négocient en secret un accord pour éviter la guerre dans l’hôtel où travaille Spirou, en vain comme on le sait déjà.

    J’ai bien aimé ce tome alors que je n’ai jamais lu de Spirou et Fantasio de ma vie, je connaissais Émile Bravo de nom, il est apparemment réputé dans le monde de la BD jeunesse et un de ses amis dessinateurs (Sfar ou Trondheim, je ne sais plus) disait qu’il était injustement méconnu. Il est maintenant reconnu grâce à cette série, car la suite en plusieurs tomes, L’espoir malgré tout, a de très bonnes critiques.

    Je recommande cette BD et je pense acheter la suite.

  • « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi

    « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi

    Pour les trois premiers jours de confinement suite à l’épidémie de COVID-19 j’ai choisi la BD idéale pour s’évader et s’envoler au sens premier : « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi.

    image

    C’est l’histoire d’un garçon étrange qui est né avec la capacité de voler, enfermé dès sa naissance par le Ministère de la Défense japonais afin de servir les intérêts de l’état.

    L’histoire a d’abord été écrite par Mœbius, mise de côté, reprise… Il l’a ensuite développée, avec un autre scénariste, jusqu’à en fait un très long scénario pouvant se développer en plusieurs volumes de BD, avec le thème de la sexualité omniprésent : sadomasochisme, scatologie… 😱 J’imagine que si la BD avait été fait telle que Mœbius l’imaginait, elle aurait été très trash !

    Finalement le scénario a été proposé à un éditeur japonais et c’est Taniguchi qui a été sélectionné. Au vue de la BD finale, le scénario a perdu en sexualité (mais pas totalement) et en longueur, mais gagne un dessin superbe, des traits fin et dynamiques. L’action y est abondamment représentée, on est loin des dessins contemplatifs de Taniguchi comme j’en ai parlé pour « Les gardiens du Louvre », tout en gardant le même niveau de détail dans les décors paysages.

    image

    L’histoire se déroule donc dans un Tokyo du futur, livré à des attentats commis par des kamikazes capables de faire exploser leur propre corps. On n’en apprendra jamais beaucoup plus sur eux, sauf leur surnom : hommes-éprouvettes. L’ambiance militaro-scientifique de la BD et quelques indices disséminés nous font comprendre que ces kamikazes sont des expériences génétiques officielles qui ont échappé au contrôle du gouvernement et se retournent contre lui. Pourquoi ? On ne saura jamais…

    Et c’est dans ce contexte qu’une femme enceinte, que l’on voit au début flotter au dessus de la ville comme dans un rêve, mets au monde un enfant qui flotte au dessus de la table d’accouchement ! Pourquoi ? On ne saura jamais non plus… C’est Icare.

    image

    Immédiatement intercepté par le Ministère de la Défense, en la personne de la secrétaire de la défense, Icare est enfermé dans un centre de recherche pour en faire une arme de guerre.

    image

    La secrétaire d’état à la défense est une femme sado-masochiste, belle,très dominante, dont l’assistance personnelle semble être son esclave sexuelle. C’est l’un des volets sexuels du scénario orifinal de Mœbius qui a été conservée ici, sans la scatologie et avec plus de sensualité.

    image

    L’autre aspect sensuel, et sexuel, très développé dans l’histoire est l’attirance que ressent Icare pour sa préceptrice, Yukiko. Lui qui a vécu 20 ans comme un oiseau en cage ne connait rien du monde extérieur et de la vie réelle, mais tombe amoureux de cette femme.

    image

    Yokiko l’aidera à s’échapper du centre de recherche et Icare la sauvera à son tour, l’emmenant dans le ciel au delà des nuages pour échapper aux hélicoptères et avions, un peu comme nous, nous aimerions échapper à notre confinement.

    image

    La fin reste ouverte et laissait le champ libre au développement d’une suite…

    image

    …mais le scénariste et le dessinateur sont morts depuis longtemps !

    C’est une belle BD, une belle combinaison du scénario délirant de Mœbius et des dessins précis et très dynamiques à la fois de Taniguchi. Et c’est une grande frustration que de savoir qu’il n’y aura pas de suite.

    Cette BD m’a accompagné pendant les trois premiers jours de confinement et m’a beaucoup plus 😃