Les lectures de Farzad

Étiquette : Book Review

Analyses détaillées et avis personnels sur des romans, essais, et autres ouvrages littéraires pour guider vos prochaines lectures. / Detailed analyses and personal opinions on novels, essays, and other literary works to guide your next reads

  • “La balade nationale” par Sylvain Venaire et Étienne Davodeau

    J’ai lu la première BD historique éditée par la Revue Dessinée : “La ballade nationale / Les origines”, co-écrite par un historien et le dessinateur Étienne Davodeau.

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    C’est la première BD d’une série de 20 qui a pour but de proposer une relecture de l’histoire de France en évitant le piège de la réécriture et de l’interprétation des “mythes fondateurs”.

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    Je suis abonné depuis le premier numéro à “La Revue Dessinée” dont j’ai déjà parlé ici, je ne pouvais pas passer à côté de cette série car je leur fais confiance pour ne publier que des ouvrages de qualité. J’apprécie d’autre part les histoires de Davodeau, qui fait beaucoup de BD “sociales” remarquables, comme “Les mauvaises gens” ou “Un homme est mort”.

    Raconter l’histoire en évitant les pièges de la réécriture, de la réinterprétation, et donc de la manipulation, du “_roman national_” est une nécessité à mon avis. Le faire avec humour est encore mieux ! Pari réussi avec ici Jeanne d’Arc, Jules Michelet, Marie Curie, Molière, Alexandre Dumas père… et le cercueil de Pétain 😱 Ici des héros de notre Histoire se posent justement des questions sur la façon dont on les connait et abordent au 21ème siècle et contre-disent les fausses croyances sur eux. Par exemple, Jeanne d’Arc avait-elle vraiment la tête qu’on lui connait ? Mon exemple est anecdotique mais il y en a du plus sérieux qui sont abordés.

    J’ai adoré ce premier tome et je recommande vivement toute la série. Il y en a déjà 8 qui ont paru.

  • « L’arabe du futur » de Riad Sattouf

    J’ai _enfin_ lu l’année dernière le tome 1 de L’arabe du futur de Riad Sattouf, histoire de sa jeunesse en Libye et Syrie.

    « _Enfin_ » car, comme beaucoup de livres et bandes dessinées je les achète souvent en masse, lors de razzia dans une librairie ou, quand on habitait près de la Porte de Versailles, au Salon du Livre dont ma femme et moi ramenions 5 à 10 kg de livres… Et malheureusement je n’ai pas le temps de tout lire après l’achat et même, très souvent, je ne me sens pas prêt pour lire certains livres ou certaines bandes dessinées. L’arabe du futur a fait longtemps partie de cette seconde catégorie, il a fallu longtemps avant qu’il me dise « lis moi » quand je le regardais 🙂

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    Et quand je me suis senti enfin prêt, je l’ai dévoré ! C’est très drôle, très bien rendu, même si les anecdotes racontées sur ces 2 pays, Syrie et Libye, sont souvent atterrantes et m’ont laissé bouche bée.

    Je ne sais pas si Riad Sattouf a beaucoup romancé les anecdotes, il l’a fait clairement dans les « Cahiers d’Esther » dont je parlerai un jour, mais on peut se poser la question tellement il peut paraître surprenant qu’autant d’événements arrivent à une seule famille… Mais tous sont crédibles d’après moi.

    C’est cette abondance d’anecdotes qui a fait dire à un de mes collègues :

    Je n’ai pas trop aimé, je trouve que Sattouf tourne toujours autour des mêmes blagues et des mêmes sujets.
    Néanmoins il décrit effectivement des comportements ahurissants.
    Du coup je n’ai pas acheté le tome 2.

    D’autres collègues ont aussi trouvé qu’il y avait trop de négatif dans cette BD et n’ont pas lu la suite.

    Ce qui m’a marqué dans cette bande dessinée est le mensonge et la violence de la société arabe décrite par l’auteur.

    À commencer par son père qui ment tout le temps, avec beaucoup de naturel, à son entourage. Il semble aussi se mentir à lui-même sur l’état de son pays natal, la Syrie, qu’il idéalise. Tout le monde ment : pour cacher, pour se protéger, pour faire du mal, pour spolier les biens de son propre frère…

    Étant d’origine iranienne, je reconnais cette culture du mensonge moyen-orientale… C’est pour ça que je pense que l’auteur n’exagère pas. En Iran cependant, qui est d’une culture qui promeut une plus grande douceur de vie que la culture arabe, c’est plutôt un mensonge de politesse (« Tu viens chez moi quand tu veux ! » … en fait non, je t’aime bien mais ne sonne pas chez moi à l’improviste).

    Quant à la violence, elle est présente non seulement dans les relations entre adultes, mais aussi dans l’école et les jeux des enfants. C’est choquant mais guère surprenant dans ces pays et cette culture basée sur le machisme et le rapport de force.

    Heureusement l’humour et le dessin de Riad Sattouf adoucissent cette violence en la rendant comique, sinon ce serait indigeste. On remarquera aussi qu’il y a une couleur dominante par pays (je triche, je ne les avais pas tous remarquées) :

    • bleu pour la France
    • rose pour la Syrie
    • jaune pour la Libye
    • vert pour Guernesey
    • rouge pour la fiction

    Personnellement j’ai adoré cette BD et j’ai aussi dévoré les suites.

  • « Le Prince » de Machiavel

    J’ai lu l’année dernière Le Prince de Machiavel, ainsi qu’une étude sur le Prince qui permet de mieux comprendre l’ouvrage et la pensée politique de l’auteur.

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    En effet j’ai trouvé le livre passionnant mais difficile à comprendre à cause du manque de contexte 500 ans plus tard.

    C’est une lecture difficile mais vraiment intéressante dont on peu tirer des enseignements, comme tout bon livre de philosophie. Ces enseignements sont aussi bien des modèles à suivre que des contre-modèles bien sûr ! Certaines histoires sanguinaires racontées ici, fictives ou pas, ne méritent pas d’être rejouée.

    En complément de ces deux lectures je recommande aussi vivement d’écouter l’excellente série de chroniques que Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, a réalisée sur France Inter en été 2016 : Un été avec Machiavel.

    Patrick Boucheron nous apprend entre autre à distinguer le péjoratif « machiavélique » du plus neutre « machiaviélien », néologisme de son cru pour désigner la pensée de l’auteur.

  • « La Possibilité d’une île » de Michel Houellebecq

    J’ai lu il y a quelques temps « La possibilité d’une île » de Michel Houellebecq (https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Possibilit%C3%A9_d%27une_%C3%AEle).

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    Je l’avais acheté il y a encore plus longtemps, il y a plusieurs années, mais je n’étais pas motivé pour le lire vu sa noirceur.

    Finalement j’ai beaucoup aimé. C’est cynique et misanthrope comme tous ses livres mais j’apprécie le côté SF qui côtoie des réflexions sur la société et les relations humaines. Ça a beau être un roman, on retrouve dedans des éléments caractéristiques de notre société contemporaine, des références au réel, et c’est ça qui en rend la lecture perturbante.

    Comme je le disais, il faut être de bonne composition pour attaquer la lecture de ce livre, il ne m’a pas du tout déprimé mais je pense qu’il aurait eu un tout autre effet sur moi si j’étais moins enthousiaste sur l’avenir…