Les lectures de Farzad

Étiquette : Manga

Explorations, critiques ou coups de cœur autour de l’univers du manga japonais. / Explorations, reviews, or favorites from the world of Japanese manga.

  • Découverte de Osamu Tezuka avec le manga « Demain les oiseaux »

    Découverte de Osamu Tezuka avec le manga « Demain les oiseaux »

    Je viens de finir « Demain les oiseaux », c’est le premier manga que je lis d’Osamu Tezuka, et j’ai trouvé le livre incroyable !

    Malgré le dessin au premier abord un peu naïf, un peu « vieillot » qui surprend un peu au début, j’ai adoré l’histoire, les saynètes, l’humour et le message que l’auteur fait passer. Finalement, la civilisation des oiseaux n’est pas tellement différente de celle des hommes.

    J’aime le parallèle qui est fait l entre les civilisations, et les oiseaux qui reproduisent les mêmes scénarios, les mêmes stéréotypes que la civilisation humaine. Il y a souvent de l’humour dans ce mangas, j’ai très souvent souri même si dans l’ensemble le propos est plutôt négatif et les conclusions assez sombres.

  • Lecture du manga « Undercurrent » de Tesuda Toyoda

    Lecture du manga « Undercurrent » de Tesuda Toyoda

    Je viens de finir Undercurrent, que j’ai dévoré dans mon temps libre, étalé sur 3 jours. Le manga est incroyable, j’ai adoré ! Ça commence doucement, c’est très contemplatif, calme, sans rebondissement ni suspens au début, mais comme c’est très joliment dessiné et que les personnages sont attachants, ça se lit sans ennui.

    Le côté contemplatif et le beau dessin des personnages et paysages m’ont un peu fait penser à certains mangas de Jirō Taniguchi. Puis petit à petit des éléments d’intrigues apparaissent, la tension montent doucement, sans s’emballer.

    J’ai aimé qu’il y ait des moments d’humour, presque décalé par rapport au ton général du manga, notamment avec le détective Yamazaki, une esquisse de romance entre Kanae et Hori, du suspens avec l’enlèvement de la petite fille, du mystère autour de la disparition du mari de Kanae et de ses rêves… J’ai souri, j’ai été ému, je me suis inquiété, j’ai tremblé, j’ai attendu un premier geste d’affection (qui n’est jamais venu), j’ai été tenu en haleine par les deux dénouements croisés des dernières pages. Et je me suis dit à la fin « pourvu que Hori ne monte pas dans le bus ! » 😂

    La romance qui n’arrive jamais m’a aussi beaucoup fait penser au superbe film « Past Lives » de Celine Song.

    J’ai passé un très bon moment, je suis encore ému de cette lecture.

  • « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi

    « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi

    Pour les trois premiers jours de confinement suite à l’épidémie de COVID-19 j’ai choisi la BD idéale pour s’évader et s’envoler au sens premier : « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi.

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    C’est l’histoire d’un garçon étrange qui est né avec la capacité de voler, enfermé dès sa naissance par le Ministère de la Défense japonais afin de servir les intérêts de l’état.

    L’histoire a d’abord été écrite par Mœbius, mise de côté, reprise… Il l’a ensuite développée, avec un autre scénariste, jusqu’à en fait un très long scénario pouvant se développer en plusieurs volumes de BD, avec le thème de la sexualité omniprésent : sadomasochisme, scatologie… 😱 J’imagine que si la BD avait été fait telle que Mœbius l’imaginait, elle aurait été très trash !

    Finalement le scénario a été proposé à un éditeur japonais et c’est Taniguchi qui a été sélectionné. Au vue de la BD finale, le scénario a perdu en sexualité (mais pas totalement) et en longueur, mais gagne un dessin superbe, des traits fin et dynamiques. L’action y est abondamment représentée, on est loin des dessins contemplatifs de Taniguchi comme j’en ai parlé pour « Les gardiens du Louvre », tout en gardant le même niveau de détail dans les décors paysages.

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    L’histoire se déroule donc dans un Tokyo du futur, livré à des attentats commis par des kamikazes capables de faire exploser leur propre corps. On n’en apprendra jamais beaucoup plus sur eux, sauf leur surnom : hommes-éprouvettes. L’ambiance militaro-scientifique de la BD et quelques indices disséminés nous font comprendre que ces kamikazes sont des expériences génétiques officielles qui ont échappé au contrôle du gouvernement et se retournent contre lui. Pourquoi ? On ne saura jamais…

    Et c’est dans ce contexte qu’une femme enceinte, que l’on voit au début flotter au dessus de la ville comme dans un rêve, mets au monde un enfant qui flotte au dessus de la table d’accouchement ! Pourquoi ? On ne saura jamais non plus… C’est Icare.

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    Immédiatement intercepté par le Ministère de la Défense, en la personne de la secrétaire de la défense, Icare est enfermé dans un centre de recherche pour en faire une arme de guerre.

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    La secrétaire d’état à la défense est une femme sado-masochiste, belle,très dominante, dont l’assistance personnelle semble être son esclave sexuelle. C’est l’un des volets sexuels du scénario orifinal de Mœbius qui a été conservée ici, sans la scatologie et avec plus de sensualité.

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    L’autre aspect sensuel, et sexuel, très développé dans l’histoire est l’attirance que ressent Icare pour sa préceptrice, Yukiko. Lui qui a vécu 20 ans comme un oiseau en cage ne connait rien du monde extérieur et de la vie réelle, mais tombe amoureux de cette femme.

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    Yokiko l’aidera à s’échapper du centre de recherche et Icare la sauvera à son tour, l’emmenant dans le ciel au delà des nuages pour échapper aux hélicoptères et avions, un peu comme nous, nous aimerions échapper à notre confinement.

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    La fin reste ouverte et laissait le champ libre au développement d’une suite…

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    …mais le scénariste et le dessinateur sont morts depuis longtemps !

    C’est une belle BD, une belle combinaison du scénario délirant de Mœbius et des dessins précis et très dynamiques à la fois de Taniguchi. Et c’est une grande frustration que de savoir qu’il n’y aura pas de suite.

    Cette BD m’a accompagné pendant les trois premiers jours de confinement et m’a beaucoup plus 😃

  • « Les gardiens du Louvre » de Jirô Taniguchi

    « Les gardiens du Louvre » de Jirô Taniguchi

    Voici une bien étrange bande dessinée, qui m’a d’abord un peu déçu avant de m’émouvoir.

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    Je pensais avoir acheté cette BD au Louvre lors d’une de nos dernières visites (j’adore le Louvre ! Je ne me lasse jamais d’y retourner…), mais en fait je l’avais acheté l’été dernier à Tours, en vacances, dans une excellente librairie BD que l’on a découvert là-bas, Bédélire, que je recommande vivement, ne serait-ce que pour sa décoration intérieure.

    Le scénario de l’histoire est la visite en France d’un homme qu’on sait être japonais, mangaka ou amateur de BD, qui décide de passer quelques jours à Paris après avoir visité le salon de la BD de Barcelone. Il compte profiter de ses quelques jours à Paris pour faire le tour des musées parisiens. Mais à cause d’un grosse fièvre il commence à délirer dans son lit.

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    Il décide finalement de restreindre sa visite au Louvre. C’est là que cette BD a commencé à me paraître un peu étrange, avec très peu d’action, pas de vraie trame mais beaucoup de très belles planches.

    Les dessins sont très beaux, presque photographiques, l’intérieur du Louvre, la cohue, les paysages parisiens, sont vraiment superbement dessinés.

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    On y voit la foule, Taniguchi se moque même des touristes qui se prennent en photo, le doigt « posé » sur le sommet de la pyramide de verre.

    Pour ce qui est de l’histoire, elle est étrange : notre visiteur japonais est repris de poussées de fièvres et recommence à délirer dans le Louvre. Mais cette fois il est transposé dans un Louvre onirique, issue de son esprit, où il se trouve tout seul, uniquement entouré de choses qui semblent être l’esprit des œuvres du musée, dont une lui parle régulièrement. Les dessins sont splendides certes, mais cette partie de la BD commençait à me faire penser qu’il ne s’agit que d’une œuvre de commande dont le but est de faire la promotion du Louvre, page après page.

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    Et chaque jour, après avoir émergé de son rêve éveillé, le visiteur revient au Louvre. Il se retrouve parfois transporté dans d’autres endroits, à d’autres époques :

    • Au XIXème siècle à l’époque du peintre Corot, à Paris, il se voit visiter une exposition et parler à un peintre japonais de la fin du XIXème, admirateur de Corot ;
    • Au même siècle à Tokyo, lors d’une exposition consacrée à la peinture occidentale, avec un écrivain japonais qui a popularisé Corot là-bas ;
    • A Auvers sur Oise, dans les champs et dans le village, près de Vincent Van Gogh avec qui, une fois la surprise initiale passée, il parle. Et Van Gogh lui fait visiter sa petite chambre qui lui sert d’atelier ;
    • Dans le jardin de Daubigny où il peut admirer une magnifique fresque de celui-ci…
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    Les dessins de paysages de Taniguchi sont vraiment très beaux, la sérénité qui accompagne les déambulations de l’auteur est apaisante… Mais il n’y a pas vraiment d’histoire, pas d’enjeux et mon avis sur cette BD était mitigé.

    Mais tout a basculé quand le héros, lors de son avant-dernière visite au Louvre, se trouve transporté en 1939, peu avant l’invasion de Paris par les troupes allemandes.

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    Cette partie de la BD raconte comment en 1939 le directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard, prit la décision audacieuse et risquée de déménager l’intégralité (ou presque) des œuvres du Louvre dans le sud-est de la France pour qu’elles ne soient pas pillées par l’envahisseur : peintures comme la Joconde (tableau le plus célèbre du musée), le Radeau de la Méduse (immense, 5x7m, impossible à rouler sous peine de l’abimer), et même des sculptures gigantesques comme la Victoire de Samothrace, composée d’une centaine de fragments !

    Ayant d’ailleurs visité le Château de Cheverny l’été dernier, j’étais d’autant plus marqué par cet événement de la Seconde Guerre Mondiale resté quasi confidentiel. En effet, non seulement Cheverny a servi de modèle au fameux Château de Moulinsart de Tintin, mais il a aussi servi à abriter une partie des œuvres du Louvre en 1939 !

    Et à partir de là, je n’étais plus dans la sérénité d’une visite solitaire du Louvre mais je me suis senti vraiment embarqué dans cette aventure hors du commun, avec de vrais héros anonymes ou oubliés comme Jaujard.

    C’est cette partie de la BD que j’ai vraiment adorée. Elle m’a même vraiment ému, je le suis encore en écrivant cette critique.

    Lors de sa dernière visite au Louvre notre visiteur fait une dernière rencontre émouvante, mais je n’en dis pas plus…

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    Je suis finalement assez content de cette lecture. C’est très certainement une œuvre de commande dont le but est de faire la promotion du Louvre, mais l’auteur a su la rendre vraiment intéressante dans les deux derniers chapitres. Si vous êtes amateur d’art, et surtout si vous connaissez un peu le Louvre, je vous recommande chaudement cette bande dessinée.

  • « L’homme sans talent » de Yoshiharu Tsuge.

    « L’homme sans talent » de Yoshiharu Tsuge.

    L’auteur japonais Yoshiharu Tsuge a reçu cette année un Fauve d’honneur au Festival d’Angoulême pour l’ensemble de sa carrière !

    C’est l’occasion pour vous de lire ou relire « L’homme sans talent », seul manga que j’ai lu de lui mais qui m’a marqué.

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    Manga étrange sur un personnage excentrique, ancien mangaka talentueux, qui abandonne le dessin pour se lancer dans des projets tous voués à échouer, misérable en affaire comme dans sa vie personnelle.

    La déchéance du personnage, qui semble tout faire pour échouer, donne un côté dérangeant à l’histoire, me met mal à l’aise mais m’a fasciné en même temps.

    Le rythme est lent, l’action lente, parfois même inexistante (quand on essaie de vendre des cailloux on sait à quoi s’attendre…), on a parfois envie de secouer le personnage principal (je ne peux pas l’appeler héros), mais on a envie de comprendre pourquoi il se laisse tant aller. Même quand une femme le drague pour coucher avec lui il échoue à le faire !

    Je pense que l’auteur nous laisse libre d’interpréter l’œuvre comme on le veut. Je recommande bien évidemment ce manga à toutes les personnes qui apprécient les “mangas d’auteur”.

    C’est chez Ego comme X, qui a donc coulé, mais j’ai vu sur l’application Bubble qu’il a été réédité par Atrabile.