Note : Article de 2019 que je n’avais pas mis en ligne.
Lecture un peu sombre avec Le journal d’un ingénu d’Émile Bravo. Ce volume, le premier d’une série par Bravo, fait partie de « reboots » de Spirou par des auteurs contemporains.
Émile Bravo raconte ici la genèse de Spirou, son enfance malheureuse, pourquoi il a choisi de conserver son costume de groom d’hôtel même adulte, d’où vient son écureuil… C’est assez sombre malgré l’humour et la petite histoire d’amour, nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale et la Pologne et l’Allemagne négocient en secret un accord pour éviter la guerre dans l’hôtel où travaille Spirou, en vain comme on le sait déjà.
J’ai bien aimé ce tome alors que je n’ai jamais lu de Spirou et Fantasio de ma vie, je connaissais Émile Bravo de nom, il est apparemment réputé dans le monde de la BD jeunesse et un de ses amis dessinateurs (Sfar ou Trondheim, je ne sais plus) disait qu’il était injustement méconnu. Il est maintenant reconnu grâce à cette série, car la suite en plusieurs tomes, L’espoir malgré tout, a de très bonnes critiques.
Je recommande cette BD et je pense acheter la suite.
Pour les trois premiers jours de confinement suite à l’épidémie de COVID-19 j’ai choisi la BD idéale pour s’évader et s’envoler au sens premier : « Icare » de Mœbius et Jiro Taniguchi.
C’est l’histoire d’un garçon étrange qui est né avec la capacité de voler, enfermé dès sa naissance par le Ministère de la Défense japonais afin de servir les intérêts de l’état.
L’histoire a d’abord été écrite par Mœbius, mise de côté, reprise… Il l’a ensuite développée, avec un autre scénariste, jusqu’à en fait un très long scénario pouvant se développer en plusieurs volumes de BD, avec le thème de la sexualité omniprésent : sadomasochisme, scatologie… 😱 J’imagine que si la BD avait été fait telle que Mœbius l’imaginait, elle aurait été très trash !
Finalement le scénario a été proposé à un éditeur japonais et c’est Taniguchi qui a été sélectionné. Au vue de la BD finale, le scénario a perdu en sexualité (mais pas totalement) et en longueur, mais gagne un dessin superbe, des traits fin et dynamiques. L’action y est abondamment représentée, on est loin des dessins contemplatifs de Taniguchi comme j’en ai parlé pour « Les gardiens du Louvre », tout en gardant le même niveau de détail dans les décors paysages.
L’histoire se déroule donc dans un Tokyo du futur, livré à des attentats commis par des kamikazes capables de faire exploser leur propre corps. On n’en apprendra jamais beaucoup plus sur eux, sauf leur surnom : hommes-éprouvettes. L’ambiance militaro-scientifique de la BD et quelques indices disséminés nous font comprendre que ces kamikazes sont des expériences génétiques officielles qui ont échappé au contrôle du gouvernement et se retournent contre lui. Pourquoi ? On ne saura jamais…
Et c’est dans ce contexte qu’une femme enceinte, que l’on voit au début flotter au dessus de la ville comme dans un rêve, mets au monde un enfant qui flotte au dessus de la table d’accouchement ! Pourquoi ? On ne saura jamais non plus… C’est Icare.
Immédiatement intercepté par le Ministère de la Défense, en la personne de la secrétaire de la défense, Icare est enfermé dans un centre de recherche pour en faire une arme de guerre.
La secrétaire d’état à la défense est une femme sado-masochiste, belle,très dominante, dont l’assistance personnelle semble être son esclave sexuelle. C’est l’un des volets sexuels du scénario orifinal de Mœbius qui a été conservée ici, sans la scatologie et avec plus de sensualité.
L’autre aspect sensuel, et sexuel, très développé dans l’histoire est l’attirance que ressent Icare pour sa préceptrice, Yukiko. Lui qui a vécu 20 ans comme un oiseau en cage ne connait rien du monde extérieur et de la vie réelle, mais tombe amoureux de cette femme.
Yokiko l’aidera à s’échapper du centre de recherche et Icare la sauvera à son tour, l’emmenant dans le ciel au delà des nuages pour échapper aux hélicoptères et avions, un peu comme nous, nous aimerions échapper à notre confinement.
La fin reste ouverte et laissait le champ libre au développement d’une suite…
…mais le scénariste et le dessinateur sont morts depuis longtemps !
C’est une belle BD, une belle combinaison du scénario délirant de Mœbius et des dessins précis et très dynamiques à la fois de Taniguchi. Et c’est une grande frustration que de savoir qu’il n’y aura pas de suite.
Cette BD m’a accompagné pendant les trois premiers jours de confinement et m’a beaucoup plus 😃
I’m not a big reader of American Comics, I really have very few of them, but since a few months ago our local comic bookstore (BD Geek in Antony, I highly recommend it) was celebrating Batman’s 80th birthday by offering a comic for the purchase of 2 Batman comics, I went there with my daughter, and we each chose one book. My choice was this « reboot » of the genesis of Batman by Frank Miller.
I told myself that if I liked the Batman universe, I might as well start with an initiatory story. And so it was Frank Miller who did it in the late 80s at the request of DC Comics.
The story of Batman is well known, the reason why he became this tormented vigilante too, so there’s no question of rewriting history. Miller has chosen to develop the early career of Batman, a young adult who has returned from intensive training that made him a superhero wanting to take on evil in Gotham, even before he chose a bat as his role model. He’s still clumsy, reckless… and he hasn’t yet made the acquaintance of police officer James Gordon, the only one who knows his identity.
And that’s where it gets interesting! Miller also tells the story of Gordon’s arrival in town, a little bit of his personal story, his weaknesses, his strengths… We witness the birth of two characters at the same time in this comic book.
The story is dark (surprise!) and the graphics are excellent in my opinion. There are few colors and it renders well the dark atmosphere of the city and the characters. It’s sober, there’s a lot of ellipsis in the story but you often get into Bruce Wayne and James Gordon’s head, thanks to thought bubbles in which they speak in the first person, and it improves the understanding of the story.
One thing I liked about this edition is that it is enriched with texts and materials provided by David Mazzucchelli and others. He recounts how he discovered Batman as a child, how he started drawing him at the age of 6, and the progress he has made in 20 years! There are also copies of plates of the original version of the story that appeared in episodes on a newspaper magazine: the rendering is totally different, with much less color.
Another element of these bonuses that I liked a lot is the copy of several pages of Miller’s original synopsis with the first corresponding plate sketch by Mazzucchelli. I find it fascinating to see the author translate his vision of the story into text, with indications of layout, and the layout of the cartoonist, who adds his own style, to the text.
Very nice work also at the colorist who redid all the colors for the following versions of the Comics on normal paper.
Verdict? I loved it! I think I’ll read more Batman… once I finish the almost 40 unread comics I already have 😅
Je ne suis pas un grand lecteur de Comics américain, j’en ai vraiment très très peu, mais comme il y a quelques mois notre libraire BD de proximité (BD Geek à Antony, je le recommande chaudement) fêtait les 80 ans de Batman en offrant une BD pour l’achat de 2 BD Batman, j’y suis allé avec ma fille et nous avons chacun choisi un livre. Mon choix s’est porté sur ce « reboot » de la genèse de Batman par Frank Miller.
Je me suis dit que si l’univers de Batman me plaisait, autant commencer par une histoire initiatique. Et c’est donc Frank Miller qui s’y est collé à la fin des années 80 à la demande de DC Comics.
L’histoire de Batman est connue, la raison pour laquelle il est devenu ce justicier tourmenté aussi, il n’est donc pas question de réécrire l’histoire. Miller a choisi de développer le début de carrière de Batman, jeune adulte revenu d’un entrainement intensif qui a fait de lui un surhomme souhaitant s’attaquer au Mal dans Gotham, avant même qu’il choisisse la chauve-souris comme modèle. Il est encore maladroit, imprudent… et il n’a pas encore fait la connaissance du policier James Gordon, le seul à connaître son identité.
Et c’est là que ça devient intéressant ! Miller raconte aussi l’arriver de Gordon en ville, un peu de son histoire personnelle, ses faiblesses, ses forces… Nous assistons à la naissance de deux personnages à la fois dans ce Comics sans suite.
L’histoire est sombre (surprise !) et le graphisme est excellent à mon avis. Il y a peu de couleurs et ça rend bien l’ambiance sombre de la ville et des personnages. C’est sobre, il y a beaucoup d’ellipse dans l’histoire mais on rentre souvent dans la tête de Bruce Wayne et James Gordon, grâce à des bulles de pensées dans lesquelles ils parlent à la première personne, et cela améliore la compréhension de l’histoire.
Une chose qui m’a plu dans cette édition est quelle est enrichie de textes et matériaux fournis notamment par David Mazzucchelli. Il raconte comment il a découvert Batman enfant, on voit qu’il a commencé à le dessiner dès l’âge de 6 ans, et les progrès qu’il a réalisé en 20 ans ! Il a y aussi des copies de planches de la version originale de l’histoire qui paraissait en épisodes sur une revue en papier journal : le rendu est totalement différent, avec beaucoup moins de couleurs.
Un autre élément de ces bonus qui m’a énormément plus est la copie de plusieurs pages du synopsis original de Miller avec en face la première esquisse de planche correspondante par Mazzucchelli. Je trouve cela fascinant de voir l’auteur traduire sa vision de l’histoire en texte, avec des indications de mise en page, et la mise en image du dessinateur, qui ajoute sa patte, son style, au texte.
Très beau travail également chez la coloriste qui a refait toutes les couleurs pour les versions suivant du Comics sur papier normal.
Verdict ? J’ai adoré ! Je pense que je lirai d’autre Batman… une fois que j’aurais fini les presque 40 BD non lues que j’ai déjà 😅
Après le joyeux « Greffier » de Joann Sfar, j’ai lu le plus sombre « Si dieu existe », carnet écrit cette fois après plusieurs événements marquants pour l’auteur : Attentat de Charlie Hebdo et de l’hyper casher, mort de son père, séparation avec sa femme…
Ce carnet est à mon goût plus introspectif, plus intime que ces premiers carnets, Sfar se dévoile plus, parle de traumatismes de son enfance (mort de sa mère). Le titre est un peu provocateur, Sfar parle un peu de dieu, mais de façon très théorique, pas comme une grenouille de bénitier.
J’aime bien ce carnet, il est très sympa à lire, le dessin est moins tremblé que dans Greffier. Je pense qu’il plaira notamment à ceux qui comme moi apprécient les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo dont Sfar parle beaucoup ici.