Les lectures de Farzad

Étiquette : Bookworm

  • “Si Dieu existe” de Joann Sfar

    Après le joyeux « Greffier » de Joann Sfar, j’ai lu le plus sombre « Si dieu existe », carnet écrit cette fois après plusieurs événements marquants pour l’auteur : Attentat de Charlie Hebdo et de l’hyper casher, mort de son père, séparation avec sa femme…

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    Ce carnet est à mon goût plus introspectif, plus intime que ces premiers carnets, Sfar se dévoile plus, parle de traumatismes de son enfance (mort de sa mère). Le titre est un peu provocateur, Sfar parle un peu de dieu, mais de façon très théorique, pas comme une grenouille de bénitier.

    J’aime bien ce carnet, il est très sympa à lire, le dessin est moins tremblé que dans Greffier. Je pense qu’il plaira notamment à ceux qui comme moi apprécient les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo dont Sfar parle beaucoup ici.

    Joann Sfar: l’interview « Si Dieu existe »

  • « Greffier » de Joann Sfar

    Encore une fois, j’ai mis plusieurs années avant de lire une BD alors que j’étais enthousiaste en l’achetant : Greffier de Joann Sfar, https://www.editions-delcourt.fr/serie/carnets-de-joann-sfar-greffier.html.

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    Vu le sujet abordé, je sais clairement pourquoi j’ai tant procrastiné.

    Joann Sfar a suivi le procès de Charlie hebdo pour les caricatures de Mahomet. Il a dessiné pendant deux jours les interventions, en grand partie en temps réel. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse il dessine et prend des notes, même mais lui qui est si rapide reconnaît qu’à des moments il avait dû mal à suivre 😃

    Du coup le style est encore plus « tremblé » que d’habitude mais c’est vraiment très intéressant à lire, c’est à la fois drôle et instructif.

    La deuxième moitié du livre reproduit les chroniques de Sfar dans Charlie Hebdo, c’est sympa aussi mais autant j’adore l’auteur, autant je finis par saturer parfois de son style de dessin au bout de 150 pages…

    Dans l’ensemble, et à la vue de tous les attentats horribles qu’il y a eu depuis, c’est une lecture que je recommande vivement.

  • « Leonard2Vinci » de Stéphane Levallois

    Ma lecture de ce week-end est encore une étrange bande dessinée assez contemplative : « LEONARD2VINCI » de Stéphane Levallois.

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    Ce n’est plus tellement surprenant une fois que l’on a vu que c’est un livre co-édité par le Louvre. Il s’agit d’une œuvre de commande du musée, tout comme ce livre de Jiro Tanigushi, « Les gardiens du Louvre » dont j’ai récemment parlé.

    Dans les deux cas il s’agit de bandes dessinées qui ont été produites avant tout pour faire la promotion du Musée du Louvre et de ses œuvres, l’état contemplatif du spectateur n’en est que plus normal 😏 Mais je trouve que cela n’enlève pas d’intérêt à la lecture pour autant.

    J’ai évidemment acheté cette BD au Louvre, pendant la superbe exposition temporaire consacrée à l’œuvre de Léonard de Vinci fin 2019, en même temps que l’énorme et magnifique catalogue officiel de l’exposition :

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    Stéphane Levallois a écrit ici une œuvre de science-fiction qui mêle les tableaux du maître à sa propre vision futuriste. Le mélange est parfois surprenant mais réussi.

    L’histoire est celle d’un vaisseau spatial, transportant les derniers rescapés humains en l’an 15000, qui retourne sur ce qui reste de la Terre ravagée, chercher dans les restes du Musée du Louvre des traces d’ADN du génie de la renaissance pour le cloner. Ce clone, Léonard 2, sera conçu pour les aider, par son savoir-faire scientifique et militaire, à combattre et éliminer une armée extra-terrestre qui les pourchasse.

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    Ça ne tient pas la route ? Ce n’est pas très grave ! Nous sommes là pour rêver et contempler les œuvres. J’imagine qu’avec un scénario plus élaboré, une BD plus longue, cette trame aurait pu être développée pour être plus crédible mais, comme je le disais au début, le but est surtout de mêler les œuvres à une création de bande dessinée de science-fiction moderne.

    Le fait que j’aie vu l’exposition peu avant et que je reconnaisse la plupart des tableaux, esquisses et cahiers utilisés dans la BD m’a très certainement rendu sa lecture plus compréhensible.

    Je pense en effet que sans une connaissance préalable de l’œuvre de Vinci, le mélange des genres, les visages caricaturaux dans un décor de SF, les poses étranges, semblent tous incongrus au lecteur non averti.

    C’est donc avec amusement que je reconnaissais les références dans la BD, comme un clin d’œil, et j’y ai pris énormément de plaisir.

    Comme ici, dans cette planche, le personnage au visage si moderne, case 4 :

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    N’est autre que celui de cette esquisse que j’ai photographiée au Louvre tellement j’ai trouvé le visage beau :

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    Ce qui m’a un peu surpris au début, mais que j’ai accepté comme un hommage par la suite, c’est le fait que l’auteur de la BD n’a pas complété les blancs laissés par Léonard de Vinci. Vinci était connu pour avoir fini très peu d’œuvres, Stéphane Levallois a respecté cette incomplétude alors qu’il aurait pu, ici par exemple, dessiner un crâne ou un casque.

    Ici, lorsque Leonard 2 fait l’étalage de sa science militaire :

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    On reconnait la Cène magistrale (je suis désolé du cadrage, il y avait trop de monde pour se mettre en face…) :

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    Plus loin, ce « robot » a les traits d’un croquis d’habit militaire :

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    Et des retours en arrière au XVIème siècle nous font revivre des moments de la vie de l’artiste :

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    Et ce garçon espiègle à l’angle du mur :

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    N’est autre que le magnifique Saint Jean-Baptiste :

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    Il y a donc peu de choses à dire sur l’histoire de cette bande dessinée, il faut surtout contempler, admirer (si on aime comme moi…) les œuvres mêlées de Stéphane Levallois et Léonard de Vinci.

    Je recommande cette BD plus aux amateurs du maître de la renaissance qu’à ceux qui chercheraient un beau roman graphique. Ceux-ci seront déçus.

  • “Le danger sociologique” de Gérald Bronner et Étienne Géhin

    J’ai lu « Le danger sociologique » de Gérald Bronner et Étienne Géhin. Les deux auteurs sont sociologues, Bronner notamment est assez connu et réputé, il écrit régulièrement des articles de très bonne qualité, notamment dans Sciences & Pseudo-sciences, ou plus récemment dans Marianne.

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    Pour résumer, l’ouvrage est une critique d’une certaine forme de sociologie dite « _holistique_ » qui fait la part belle au déterminisme sociale et ignore les composantes psychologiques des faits sociaux ou les apports des neurosciences, versus la sociologie « _analytique_ » qui les intègre dans son champs. La sociologie de Bourdieu (déterminisme social) est plutôt menée à mal dans cet ouvrage, ainsi que celle d’Edgar Morin (qui croit à la magie et à la noosphère… 😠).

    Le livre est bien étayé, de nombreuses références et des exemples concrets qui permettent de découvrir la sociologie, mais il reste assez difficile à lire même s’il est passionnant.

    Je le recommande à ceux que le sujet intéresse, mais aussi parce que les enjeux abordés sont des sujets majeurs de société (déterminisme social, les complots, l’État, le grand méchant Capital, la société vue comme une entité pensante, etc.) et je pense qu’utiliser les mauvais outils sociologique est dangereux pour notre avenir.

    La sociologie sans réductionnisme
    Aujourd’hui, 7 mars 2020, la journaliste Aude Favre, créatrice de la chaîne Youtube Aude WTFake et débunkeuse de Fake News, a fêté les 3 ans de sa chaîne et rendu hommage à Gérald Bronner comme étant l’inspirateur de sa première vidéo.

    Je suis content de voir que sa pensée rationnelle et sa vision de sa sociologie arrive à se faire entendre nos jours, notre époque étant très versée dans le relativisme de la vérité, le complotisme et la promotion de pseudo-sociologues, vrais militants dangereux, comme Laurent Mucchielli, Geoffroy de Lagasnerie, le couple Pinçon-Charlot…

  • « Les gardiens du Louvre » de Jirô Taniguchi

    « Les gardiens du Louvre » de Jirô Taniguchi

    Voici une bien étrange bande dessinée, qui m’a d’abord un peu déçu avant de m’émouvoir.

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    Je pensais avoir acheté cette BD au Louvre lors d’une de nos dernières visites (j’adore le Louvre ! Je ne me lasse jamais d’y retourner…), mais en fait je l’avais acheté l’été dernier à Tours, en vacances, dans une excellente librairie BD que l’on a découvert là-bas, Bédélire, que je recommande vivement, ne serait-ce que pour sa décoration intérieure.

    Le scénario de l’histoire est la visite en France d’un homme qu’on sait être japonais, mangaka ou amateur de BD, qui décide de passer quelques jours à Paris après avoir visité le salon de la BD de Barcelone. Il compte profiter de ses quelques jours à Paris pour faire le tour des musées parisiens. Mais à cause d’un grosse fièvre il commence à délirer dans son lit.

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    Il décide finalement de restreindre sa visite au Louvre. C’est là que cette BD a commencé à me paraître un peu étrange, avec très peu d’action, pas de vraie trame mais beaucoup de très belles planches.

    Les dessins sont très beaux, presque photographiques, l’intérieur du Louvre, la cohue, les paysages parisiens, sont vraiment superbement dessinés.

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    On y voit la foule, Taniguchi se moque même des touristes qui se prennent en photo, le doigt « posé » sur le sommet de la pyramide de verre.

    Pour ce qui est de l’histoire, elle est étrange : notre visiteur japonais est repris de poussées de fièvres et recommence à délirer dans le Louvre. Mais cette fois il est transposé dans un Louvre onirique, issue de son esprit, où il se trouve tout seul, uniquement entouré de choses qui semblent être l’esprit des œuvres du musée, dont une lui parle régulièrement. Les dessins sont splendides certes, mais cette partie de la BD commençait à me faire penser qu’il ne s’agit que d’une œuvre de commande dont le but est de faire la promotion du Louvre, page après page.

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    Et chaque jour, après avoir émergé de son rêve éveillé, le visiteur revient au Louvre. Il se retrouve parfois transporté dans d’autres endroits, à d’autres époques :

    • Au XIXème siècle à l’époque du peintre Corot, à Paris, il se voit visiter une exposition et parler à un peintre japonais de la fin du XIXème, admirateur de Corot ;
    • Au même siècle à Tokyo, lors d’une exposition consacrée à la peinture occidentale, avec un écrivain japonais qui a popularisé Corot là-bas ;
    • A Auvers sur Oise, dans les champs et dans le village, près de Vincent Van Gogh avec qui, une fois la surprise initiale passée, il parle. Et Van Gogh lui fait visiter sa petite chambre qui lui sert d’atelier ;
    • Dans le jardin de Daubigny où il peut admirer une magnifique fresque de celui-ci…
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    Les dessins de paysages de Taniguchi sont vraiment très beaux, la sérénité qui accompagne les déambulations de l’auteur est apaisante… Mais il n’y a pas vraiment d’histoire, pas d’enjeux et mon avis sur cette BD était mitigé.

    Mais tout a basculé quand le héros, lors de son avant-dernière visite au Louvre, se trouve transporté en 1939, peu avant l’invasion de Paris par les troupes allemandes.

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    Cette partie de la BD raconte comment en 1939 le directeur des musées nationaux, Jacques Jaujard, prit la décision audacieuse et risquée de déménager l’intégralité (ou presque) des œuvres du Louvre dans le sud-est de la France pour qu’elles ne soient pas pillées par l’envahisseur : peintures comme la Joconde (tableau le plus célèbre du musée), le Radeau de la Méduse (immense, 5x7m, impossible à rouler sous peine de l’abimer), et même des sculptures gigantesques comme la Victoire de Samothrace, composée d’une centaine de fragments !

    Ayant d’ailleurs visité le Château de Cheverny l’été dernier, j’étais d’autant plus marqué par cet événement de la Seconde Guerre Mondiale resté quasi confidentiel. En effet, non seulement Cheverny a servi de modèle au fameux Château de Moulinsart de Tintin, mais il a aussi servi à abriter une partie des œuvres du Louvre en 1939 !

    Et à partir de là, je n’étais plus dans la sérénité d’une visite solitaire du Louvre mais je me suis senti vraiment embarqué dans cette aventure hors du commun, avec de vrais héros anonymes ou oubliés comme Jaujard.

    C’est cette partie de la BD que j’ai vraiment adorée. Elle m’a même vraiment ému, je le suis encore en écrivant cette critique.

    Lors de sa dernière visite au Louvre notre visiteur fait une dernière rencontre émouvante, mais je n’en dis pas plus…

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    Je suis finalement assez content de cette lecture. C’est très certainement une œuvre de commande dont le but est de faire la promotion du Louvre, mais l’auteur a su la rendre vraiment intéressante dans les deux derniers chapitres. Si vous êtes amateur d’art, et surtout si vous connaissez un peu le Louvre, je vous recommande chaudement cette bande dessinée.