Les lectures de Farzad

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Critiques, réflexions ou recommandations sur des livres de tous genres. / Reviews, thoughts, or recommendations about books of all genres.

  • « La prospérité du vice » de Daniel Cohen

    « La prospérité du vice » de Daniel Cohen

    Un peu plus de sérieux avec ce livre d’économie. Il date de 2007 et est toujours d’actualité.

    L’auteur est un économiste réputé dont j’ai toujours trouvé les interventions radiophoniques (souvent sur France Inter) intéressantes.

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    Comme le sous-titre l’indique c’est une introduction à l’économie, facile à lire et relativement facile à comprendre, qui débute l’histoire de l’économie à l’antiquité et la poursuit jusqu’à nos jours, finissant sur l’économie virtuelle d’Internet et les implications écologiques du capitalisme contemporain.

    Je n’ai que peu de souvenir que mes cours d’économie en école d’ingénieurs, tout ce dont je me souviens est que ces cours étaient très dogmatiques, sans humour et sans contextualisation. J’ai très vite fait un blocage sur cette matière car on nous demandait dès le début d’accepter comme axiomes des affirmations contestables. Ne pouvant accepter comme vrai certains de ces axiomes, comme celui qui dit que l’homme dans les théories économiques est un individu rationnel qui cherche à maximiser ses gains, j’ai fait un blocage mental total sur l’économie ! 😠

    Mais nous somme tout sauf (uniquement) rationnels ! Nous avons des émotions, de l’empathie, des biais cognitifs… et sommes parfois rationnel. Et c’est pour ça que j’ai aimé ce livre car il explique l’économie depuis l’antiquité d’une façon passionnante, avec une mise en contexte, et j’ai enfin l’impression d’avoir un peu compris 😃

    Très bonne lecture que je recommande vivement entre 2 bandes dessinées !

    Je recommande aussi vivement la lecture de l’« Antimanuel d’économie » en 2 tomes du regretté Bernard Maris, qui est quant à lui très drôle et irrespectueux avec les dogmes économiques.

  • « Comment voyager avec un saumon » d’Umberto Eco

    Vous connaissez sans-doute déjà l’auteur italien Umberto Eco pour ses romans, « Le Nom de la Rose » ou « Le Pendule de Foucault ». Eco est non seulement un excellent romancier, il a aussi un métier principal, sémiologue, et c’est un érudit.

    Il a aussi un excellent sens de l’humour. C’est la combinaison de son érudition et de son sens de l’humour qui donne un excellent livre comme celui-ci.

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    Ce sont des textes courts écrits pour un journal italien sur presque 20 ans. C’est très très drôle, extrêmement bien traduit et adapté en français, jeux de mots y compris.

    On y trouve aussi bien des réflexions sur les biais des italiens, sur les chauffeurs de taxi :

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    Que ses soucis informatiques :

    Ceci n’a pu vous échapper, le monde est aujourd’hui divisé en deux : d’un côté les partisans du Macintosh, de l’autre ceux du PC sous MS-DOS. Eh bien je suis intimement persuadé que le Mac est catholique et le DOS protestant.

    Si vous avez aimé Le Nom de la rose ou le Pendule de Foucault ce texte vous sera familier par son érudition mais surprenant par son humour et l’absurdité des textes qui font parfois penser au « nonsense » britannique ou aux exercices de style de l’Oulipo. J’ai adoré !

  • “Carbone modifié” de Richard Morgan

    J’ai lu il y a quelques temps ce livre de SF que j’ai bien aimé. Je l’avais acheté en 2004 je crois, au Salon du Livre, chez le jeune éditeur Bragelonne. Il est donc resté près de 15 ans sans que j’y touche !

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    Je me souviens que l’éditeur était assez jeune, je ne connaissais aucun des auteurs qu’il présentait sur son stand… mais le discours du vendeur m’a convaincu d’acheter ce roman de SF récent. Et je me suis dis que j’allais ainsi faire une Bonne Action en l’achetant, en soutenant cette jeune maison d’édition.

    Mais je ne l’ai pas lu, pensant qu’il était bof bof… Il y a donc quelque mois, je vais piocher un livre à lire dans ma bibliothèque, je prends celui-ci au hasard alors que je l’avais ignoré pendant des années, et cette fois je lis attentivement la 4ème de couverture. Là je découvre que c’est ce roman qui a servi de base à la série Altered Carbon sur Netflix ! J’avais récemment entendu parler de cette série mais je ne l’ai toujours pas regardée. En quelques 10 ans le livre a eu tellement de succès qu’il a eu 2 suites et une série Netflix.

    Du coup je l’ai lu avant de me dire que je testerai la série (toujours pas testée 😃) et j’ai vraiment aimé. C’est haletant, plein de rebondissements, d’actions. Un vrai _page turner_ mais il me laisse un bon souvenir même après l’avoir fini, contrairement à certains gros romans dont les auteurs savent manier le suspens et pisser des pages, mais sans aucun intérêt.

    L’histoire est une enquête policière dans le futur. L’introduction est proche des clichés de film dans lesquels un détective minable est contacté par une personne mystérieuse pour mener une enquête, avec peu d’indices et la sensation que le commanditaire en sait plus que l’enquêteur. Mais dans ce futur un élément crucial est que la résurrection existe car on sait sauvegarder les esprits et cloner les corps.

    Et aussi bien l’enquêteur que le commanditaire ont été assassinés et ramené à la vie ! Le commanditaire est un homme riche qui sauvegarde régulièrement son esprit et a de nombreux corps de rechange, il veut savoir pourquoi la police pense qu’il s’est suicidé alors qu’il n’a aucune raison de le faire et semble immortel… L’enquêteur est une sorte d’ancien militaire surentraîné, devenu baroudeur et assassiné dans une opération ratée. Sa résurrection temporaire pour l’enquête sert à lui faire miroiter une résurrection permanente (que lui n’aurait pas pu se permettre vu les coûts) ainsi que celle de sa compagne morte dans le fiasco de la même opération.

    Il est donc contraint à cette enquête mais bien évidemment les faits sont bien différents des apparences et l’enquête sera périlleuse… Il y a aussi bien des scènes d’action que de la réflexion, le héros combinant muscles et cerveau.

    Je conseille ce livre aux amateurs de SF et de thriller. Je ne l’ai pas lâché à partir du moment où je l’ai commencé et je l’ai même lu dans les transports malgré son poids et sa taille ! Il y a donc des suites que je n’ai pas encore lues, ainsi que la série sur Netflix.

  • « La conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole

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    Voici un livre avec une drôle d’histoire, en plus d’être lui-même une histoire drôle.

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    Déjà, c’est un livre qui appartient à ma femme, qui l’a acheté il y a longtemps, mais ne l’a pas encore lu elle-même. Il a trainé pendant des années dans un carton comme ceux-ci avant notre déménagement, puis encore quelques années avant qu’on aménage notre bibliothèque.

    Il aurait pu rester sagement rangé dans la bibliothèque encore quelques années, si le hasard ne me l’avait pas fait découvrir, d’abord à la radio…

    Il se trouve que Guillaume Gallienne en a fait une lecture il y a quelques années dans l’émission « Ça peut pas faire de mal » sur France Inter à l’époque où je l’écoutais. D’habitude j’écoute sa récitation des textes d’une oreille distraite, mais cette fois ci l’action était tellement bizarre et les dialogues tellement décalés, que j’ai écouté plus attentivement… Rien que le titre, « La conjuration des imbéciles », a attiré ma curiosité. Et finalement Guillaume Gallienne m’a vraiment donné envie de le lire !

    Et c’est donc en aménageant la bibliothèque que je découvre que nous avons ce livre. Gros livre, histoire étonnante en dos de couverture, une bonne lecture pour les vacances d’été me suis-je dit.

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    Je l’ai donc emmené en vacances, je l’ai lu, je l’ai même dévoré, et j’ai adoré ! C’est très très drôle et heureusement très bien traduit.

    L’ironie est que l’auteur s’est suicidé car il n’arrivait pas à faire publier son livre et il pensait être un raté… Sa mère s’est battue des années, le livre a été publié et a emporté le prix Pulitzer.

    L’intrigue est étrange : une sorte d’étudiant éternel, gros et assez repoussant par sa dégaine, sa voix et son attitude, inadapté à la société et au monde du travail, un Tanguy qui vit encore chez sa mère qu’il vampirise et épuise, se débat contre le monde qui l’entoure, contre la réalité, pour montrer que lui est un homme sensé, intelligent et raffiné, et que le monde entier, corrompu, bête et sale, se trompe.

    Pour couronner le tout, il s’exprime dans un langage châtié qui semble sortir d’un vieux livre, avec un vocabulaire très riche donnant l’apparence d’une grande intelligence, alors que nous savons que c’est un idiot, un parasite, un homme inadapté à la société, n’est-ce pas ?

    Mais… est-ce vraiment lui l’imbécile ? N’a-t-il pas finalement raison, seul contre tous ? La lecture de ce roman extraordinaire vous apportera la réponse, ou pas !

    C’est vraiment un roman exceptionnel comme on en lit peu dans sa vie. Le terme de chef d’œuvre n’est pas démérité. Je le recommande vivement.

  • « Le Prince » de Machiavel

    J’ai lu l’année dernière Le Prince de Machiavel, ainsi qu’une étude sur le Prince qui permet de mieux comprendre l’ouvrage et la pensée politique de l’auteur.

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    En effet j’ai trouvé le livre passionnant mais difficile à comprendre à cause du manque de contexte 500 ans plus tard.

    C’est une lecture difficile mais vraiment intéressante dont on peu tirer des enseignements, comme tout bon livre de philosophie. Ces enseignements sont aussi bien des modèles à suivre que des contre-modèles bien sûr ! Certaines histoires sanguinaires racontées ici, fictives ou pas, ne méritent pas d’être rejouée.

    En complément de ces deux lectures je recommande aussi vivement d’écouter l’excellente série de chroniques que Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, a réalisée sur France Inter en été 2016 : Un été avec Machiavel.

    Patrick Boucheron nous apprend entre autre à distinguer le péjoratif « machiavélique » du plus neutre « machiaviélien », néologisme de son cru pour désigner la pensée de l’auteur.