Les lectures de Farzad

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  • « Zaï Zaï Zaï Zaï » de Fabcaro

    Début 2019 je n’avais plus lu de BD depuis longtemps, je m’y suis remis intensivement pendant les congés de l’été dernier et je rattrape un peu le retard de mes recommandations maintenant 😄

    Coup de cœur de l’été dernier : « Zaï Zaï Zaï Zaï » de Fabcaro https://www.bedetheque.com/BD-Zai-zai-zai-zai-247241.html

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    C’est un road-movie complètement absurde d’un homme qui est poursuivi par la police car il a fait les courses au supermarché sans sa carte de fidélité… C’est proche de l’humour absurde anglais, le dessin est sobre et pince-sans-rire, et l’ensemble est désopilant !

    Il ne faut pas chercher de sens à rien, ni au dessin, ni à l’intrigue, ni aux dialogues. D’ailleurs la fin réserve une surprise en rapport avec le titre… Pas de morale, pas d’enseignement, rien, juste de l’absurde dans chaque case. J’aimerais trouver plus de BD de ce genre ci, j’ai l’impression que ça reste rare, car il y a un gouffre entre les BD humoristiques qui font gentiment sourire et celle-ci qui fait rire aux éclats.

    À lire absolument, tout comme ses autres livres je pense, notamment « Formica » qui est aussi drôle. A chaque fois je me tords de rire tout seul.

  • « Homo Economicus » par Daniel Cohen

    Le titre complet est « Homo Economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux », où l’on devine que le contenu ne sera pas une apologie de l’économie et de l’humain rationnel…

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    J’ai déjà lu et commenté un autre excellent livre de vulgarisation économique de Daniel Cohen, « La prospérité du vice ». Celui-ci est plus récent, il se pose la question des rapport entre l’« homo economicus » théorique, rationnel et la recherche du bonheur, la liberté, l’efficacité.

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    C’est une réflexion plus inquiète, qui pointe les travers de notre monde et de l’économie, en sortant du seul domaine économique pour aller puiser des faits, des preuves, du côté de la biologie, de la sociologie, des biais cognitifs…

    Il y a aussi quelques références à la psychanalyse et à Freud et je trouve ça dommage bien évidemment, car faire référence à un tel tissu de conneries nuit un peu à la crédibilité de l’auteur. Heureusement Daniel Cohen en parle peu ! D’ailleurs, en aparté sur la psychanalyse, je conseille vivement la lecture de l’ouvrage collectif « Le livre noir de la psychanalyse » ou le visionnage des documentaires de Sophie Robert, dont « Le mur ».

    Le livre comment par le bonheur, le fameux indicateur de Bonheur Intérieur Brut du Bhoutan, où l’on voit que la réalité est plus complexe, qu’il se suffit pas de décréter le bonheur pour l’avoir… L’introduction de la télévision au Bhoutan et de tout son flot d’images violentes, de luxure, d’idéaux inaccessibles, a mis à mal le « bonheur » du Bhoutan…

    Car rien n’est simple, contrairement à ce que voudrait nous faire croire certains économistes, l’humain n’est pas rationnel, ce n’est pas un agent économique dénué d’émotions, fiable, robotisé.

    Une partie que j’ai trouvé passionnante dans le livre est le parallèle que l’auteur fait entre l’Empire Romain et les USA : leur croissances, leurs forces, leurs faiblesses, leur déclin (du moins pour le premier !). Bien évidemment on ne peut pas plaquer les raison du déclin de l’Empire Romain sur les USA et décréter la chute future de ceux-ci, l’auteur montre bien que l’histoire ne peut pas ainsi être transposée, mais c’est néanmoins très éclairant sur le fait qu’aucun empire n’est immortel et que les causes de disparitions peuvent être très difficiles à déceler et éviter.

    On retrouve plus loin ces difficultés à concilier _bonheur_ et _plaisir_ : économiquement parlant, beaucoup de gens trouvent du _plaisir_ à gagner plus d’argent et pense que ce gain supplémentaire fera leur _bonheur_. Mais Daniel Cohen montre que même les gens riches ne sont pas heureux pour autant et aimeraient gagner encore plus pour être heureux ! Vous pouvez vous-même vous poser la question : serez-vous plus heureux durablement après une augmentation ? Généralement l’impression de bonheur s’estompe vite…

    Quand je dis que l’auteur _démontre_ ce qu’il dit, c’est que tout ce qu’il écrit est documenté, il fait référence à d’autres études, les notes de bas de page sont nombreuses. Les affirmations ne sortent pas d’un chapeau et c’est une chose que j’apprécie particulièrement dans ce livre.

    Il y a aussi une réflexion intéressante sur la pauvreté. L’auteur parle notamment de l’économiste franco-américaine Esther Duflo qui a récemment emporté un Prix Nobel d’Économie (je fais un raccourci, suivez le lien pour la dénomination exacte) pour son travail sur la lutte contre la pauvreté.

    Autre chapitre qui m’a marqué, c’est celui sur l’économie numérique. Il y dit notamment que, au lieu de rapprocher les gens, Internet nous isole… Ça peut paraître paradoxal mais c’est bien argumenté ici.

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    Il y a pleins d’autres réflexions intéressantes dans ce livre, je ne vais pas tout reprendre 😄Le livre est assez petit, 220 pages, et se lit très bien.

    Ce que je dirais en conclusion est que Daniel Cohen n’apporte pas de réponse définitive, pas de solution. C’est tant mieux car ça lui évite de se planter comme la plupart des futurologues ! Par contre il nous fait réfléchir en rapprochant l’économie de sciences dures ou sociales.

  • « L’homme sans talent » de Yoshiharu Tsuge.

    « L’homme sans talent » de Yoshiharu Tsuge.

    L’auteur japonais Yoshiharu Tsuge a reçu cette année un Fauve d’honneur au Festival d’Angoulême pour l’ensemble de sa carrière !

    C’est l’occasion pour vous de lire ou relire « L’homme sans talent », seul manga que j’ai lu de lui mais qui m’a marqué.

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    Manga étrange sur un personnage excentrique, ancien mangaka talentueux, qui abandonne le dessin pour se lancer dans des projets tous voués à échouer, misérable en affaire comme dans sa vie personnelle.

    La déchéance du personnage, qui semble tout faire pour échouer, donne un côté dérangeant à l’histoire, me met mal à l’aise mais m’a fasciné en même temps.

    Le rythme est lent, l’action lente, parfois même inexistante (quand on essaie de vendre des cailloux on sait à quoi s’attendre…), on a parfois envie de secouer le personnage principal (je ne peux pas l’appeler héros), mais on a envie de comprendre pourquoi il se laisse tant aller. Même quand une femme le drague pour coucher avec lui il échoue à le faire !

    Je pense que l’auteur nous laisse libre d’interpréter l’œuvre comme on le veut. Je recommande bien évidemment ce manga à toutes les personnes qui apprécient les “mangas d’auteur”.

    C’est chez Ego comme X, qui a donc coulé, mais j’ai vu sur l’application Bubble qu’il a été réédité par Atrabile.

  • « Blacksad » de Diaz Canales et Guarnido

    Attention Chef d’Œuvre ! Je viens de relire les tomes 1 et 2 de Blacksad, que j’avais lu vers 2002 / 2003, avant d’attaquer les tomes 3 et 4 que j’ai achetés récemment.

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    Comme à chaque fois que je veux lire un nouveau tome d’une série dont les épisodes précédents ont été publiés il y a plusieurs années, ou bien parce que moi-même j’ai laissé passé de nombreuses années avant de me replonger dans la série, je relis tous les tomes précédents. J’ai failli écrire “Je me force à…” mais il n’est pas question ici d’obligation, il n’y a que du plaisir. Je l’ai fait pour Donjon, pour le Cycle de Cyann, le Chat du Rabbin… et à chaque fois c’est un plaisir de se replonger dans des bandes dessinées d’une très grande qualité, en plus de me rafraîchir la mémoire sur la série et faciliter la lecture des nouveaux tomes !

    C’est clairement le cas ici avec Blacksad, d’où mon enthousiasme. Les deux premiers tomes m’avaient bien sûr laissé un bon souvenir, mais j’avais oublié à quel point cette série est excellent par deux aspects de la BD qui s’équilibrent parfaitement : le scénario et le dessin. Ce n’est pas toujours le cas en BD, et ce n’est pas non plus forcément l’équilibre recherché. Il y a des BD dont le dessin est un peu faible mais le scénario passionnante (je pense par exemple au « Triangle Secret » dont je parlerai peut-être une autre fois), des BD au dessin superbe et au scénario évanescent (comme « Arzach » de Moebius), et je ne parle pas de celles dont l’un ou l’autre aspect est nul car ça ne présente aucun intérêt 😆

    Le scénario : on est dans un polar des années 50, assez stéréotypé mais pas caricatural, on le verra en parlant du dessin. Différents éléments permettent de dater les événements : l’ambiance sombre, l’enquête solitaire du flic dont le passé ne nous est que partiellement dévoilé mais dont les éléments resurgissent dans presque chaque tome, le monologue du même héros principal (on pourrait s’imaginer dans un film avec la voix _off_), les histoires d’amours malheureuses du flic, l’omniprésence du Mal incarné par des puissants, des avides ou des corrompus, et la victoire amère du bien grâce à notre flic héros, qui gagne à la fin, mais y laisse à chaque fois une partie de lui-même (mort d’un amour de jeunesse, d’un flirt, d’un ami de longue date…)

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    Le dessin : Il est incroyable ! C’est là la grande force de cette BD et ce qui fait que cette série n’est pas une caricature de polar des années 50 mais plutôt un hommage. Tous les personnages sont des animaux, anthropomorphiques, avec des têtes d’animaux et autres caractéristiques animales (la queue qui dépasse du pantalon par exemple) mais avec un corps et des attitudes humaines. Et ces personnages savent qu’ils sont des animaux, ils se nomment tels, ils en ont des caractéristiques (l’odorat du félin…) et pourtant ils se comportent comme des humains, se séduisent, se battent, fument et boivent comme Humphrey Bogart.

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    Je disais qu’on pouvait dater la période des histoires aux années 50, il me semble que je n’ai pu le faire que grâce aux pierres tombales ! Car on meurt beaucoup dans Blacksad, que l’on soit bon ou méchant, jeune ou vieux…

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    Sur la case suivante on voit l’année 1952 entre les bras tendus du rat.

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    Avec cette parfaire combinaison équilibrée de scénario et de dessin, chaque tome écrit une histoire haletante, pleine de meurtres ou de disparitions bien sûr, de bagarre, d’enquêtes, de réflexions, d’intuition… Bien évidemment, quand il s’agit d’intuition ou d’enquête, le scénariste ne nous emmène pas dans la tête du héros, il garde le suspens pour les scènes de dénouement, que ce soit la scène finale ou des conclusions intermédiaires. L’exercice est parfaitement réussi, du moins à mon goût et pour les 3 premiers tomes que j’ai lu, car je ne me suis jamais lassé du suspens et du mystère qui ne se dénouent que dans les dernières pages. Et à chaque fois je re-feuillette quelques pages bien en arrière pour comprendre toutes les scènes dont le sens m’a échappé !

    Je recommande vraiment chaudement cette série. Je vais lire cet après-midi le tome 4 et j’ai hâte d’acheter le tome 5 !

  • « Donjon » de Joann Sfar et Lewis Trondheim, la meilleure série BD humour / fantasy de tous les temps

    Toujours de Joann Sfar, en duo avec Lewis Trondheim, j’ai relu l’intégralité des 6 Donjon Zénith et les 4 premiers Donjon Crépuscule, avant d’acheter bientôt tous les tomes de Crépuscule qui me manquaient. J’avais notamment le 6 mais pas le 5… j’ai dû perdre le 5 et comme j’ai oublié l’histoire j’ai relu tout d’abord, avant de lire des dernière Crépuscules. Je ne regrette pas du tout le temps passé à relire ces dizaines de tomes !

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    Là, comme le Chat du Rabbin, j’adore, c’est très drôle, même si ça vire petit à petit au tragique. Personnellement je déteste la Fantasy en général, même les parodies comme Lanfeust de Troy ne me font pas envie. Par contre j’ai adoré toute la série des Donjons qui me fait rire à chaque fois. Le premier, « Cœur de canard », m’avait fait rire aux éclats à la première lecture.

    Une des particularité est que Sfar et Trondheim ont lancé plein de séries (« Potron minet » qui raconte la jeunesse du propriétaire du Donjon, « Zénith » qui est le présent, « Crépuscule » qui raconte la fin du monde, « Parade » qui se passe entre les tomes 1 et 2 de Zénith, « Monsters » qui racontent l’histoire individuelle de plusieurs personnages secondaires, plus un jeu de rôle…) et ils ont fait appel à de nombreux dessinateurs invités pour continuer les séries, dont Boulet, Kerascoet, Bezian, Killoffer, Blutch, J.C. Menu, Larcenet, Christophe Blain.

    Les styles sont variés, notamment dans les Donjon Monsters et parfois l’humour cède le pas à la violence, la nostalgie ou le drame. En relisant rapidement tous les tomes, on voit mieux les liens et les recoupements qu’il y a entre les différentes série, chose dont il n’est pas possible de se rendre compte quand on les lit à des années d’écart sauf à avoir une très bonne mémoire visuelle.

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    Il n’y a que 2 tomes que je n’ai pas, ce sont les deux sortis en janvier 2020, « Hors des Remparts » et « L’Armée du Crâne » !

    Un compte Instagram a même été créé pour faire du teasing, donjonplus. Il publie notamment des documents, esquisses et scénarios datant d’avant la publication du premier tome !

    À suivre…