Les lectures de Farzad

Catégorie : Lecture

Mes lectures de livres et bandes dessinnées, des critiques et commentaires.

  • “Flatland” en BD, une fable philosophico-religieuse du XIXème siècle mise en images

    “Flatland” en BD, une fable philosophico-religieuse du XIXème siècle mise en images

    Toujours dans ma boulimie de lecture, en ce week-end pluvieux, j’ai fini Flatland de Danicollaterale, d’après le roman philosophico-scientifique de Edwin A. Abbott, écrit au XIXème.

    J’avais déjà lu le roman, une vrai curiosité surtout vu son siècle d’écriture, et j’avais bien aimé son originalité et sa modernité. La BD est intéressante aussi, et même s’il n’y est dessinée que des éléments de géométrie et des figures abstraites, ça n’a rien à voir avec « La couleur des choses ». Il m’a quand-même fallu plusieurs jours pour digérer la BD, qui m’a l’air de contenir des scènes qui ne sont pas dans le roman et, malgré sa simplicité visuelle apparente, le propos est dense et nécessite une lecture lente et attentive.

    La critique de la société anglaise cadenassée, religieuse, méprisante envers les femmes, est assez limpide. Les dernières chapitres, évoquant des dimensions supérieures, sont une invitation à l’ouverture d’esprit, contre le dogme religieux, et à la curiosité scientifique.

    Esprits curieux, lisez cette BD mais aussi le roman (en premier), celui-ci est court. 😊

  • « Vivre – Le compte à rebours » de Boualem Sansal

    « Vivre – Le compte à rebours » de Boualem Sansal

    J’ai fini « Vivre – Le compte à rebours » de Boualem Sansal. Étonnamment, l’édition Folio récente que j’ai s’intitule « Vivre » tout court. Est-ce en hommage à son auteur, enfermé depuis un an dans une prison algérienne, avec un cancer ? C’est fort possible, d’autant plus que la courte biographe de l’auteur fait état de son emprisonnement.


    Comme je l’imaginais et l’avais senti dès les premières pages, ce n’est pas qu’un roman fictionnel. À l’instar de « 2084 » du même auteur c’est aussi une fable politique, et un lieu de réflexion de l’auteur sur nos décennies récentes.

    D’ailleurs, le récit étant écrit à la première personne, parfois lorsque Paolo se lance dans une digression sur l’état de la société, la politique ou la religion, j’ai l’impression que c’est plus l’auteur que le personnage qui parle ! Cette confusion m’a rendu la lecture un peu plus compliquée, ne sachant plus où s’arrête la fiction et où commence le commentaire politique, mais ça s’est estompé heureusement avec l’avancement du compte à rebours et le suspens grandissant.

    Alors que j’imaginais un simple délire du personnage principal qui pensait avoir été contacté par une Entité extraterrestre, la fin du roman confirme qu’on est bien dans de la science-fiction, et que l’Entité existe vraiment. Mais la toute fin est surprenantes, et remet en question toute l’histoire galactique ébauchée dans la « postface » écrite un milliard d’années après les évènements, avec une fable sur l’origine de l’univers et des êtres vivants qui la peuplaient bien avant l’apparition de la Terre.

    Au final, une lecture agréable, sans être transcendante, pour qui apprécie l’universalisme de Boualem Sansal.

  • Découverte de Osamu Tezuka avec le manga « Demain les oiseaux »

    Découverte de Osamu Tezuka avec le manga « Demain les oiseaux »

    Je viens de finir « Demain les oiseaux », c’est le premier manga que je lis d’Osamu Tezuka, et j’ai trouvé le livre incroyable !

    Malgré le dessin au premier abord un peu naïf, un peu « vieillot » qui surprend un peu au début, j’ai adoré l’histoire, les saynètes, l’humour et le message que l’auteur fait passer. Finalement, la civilisation des oiseaux n’est pas tellement différente de celle des hommes.

    J’aime le parallèle qui est fait l entre les civilisations, et les oiseaux qui reproduisent les mêmes scénarios, les mêmes stéréotypes que la civilisation humaine. Il y a souvent de l’humour dans ce mangas, j’ai très souvent souri même si dans l’ensemble le propos est plutôt négatif et les conclusions assez sombres.

  • L’Heure des Prédateurs : Essai de Giuliano Da Empoli

    L’Heure des Prédateurs : Essai de Giuliano Da Empoli

    Ma dernière lecture est un essai percutant : L’Heure des Prédateurs de Giuliano Da Empoli. L’auteur s’est déjà fait remarquer récemment avec plusieurs ouvrages très actuels sur la géopolitique contemporaine, et celui-ci s’inscrit clairement dans la même lignée.

    Je m’attendais à une lecture plutôt morose, le sujet s’y prête, mais j’ai été agréablement surpris. Le style est fluide, parfois même drôle, et l’auteur ponctue son propos d’anecdotes savoureuses plutôt que de donner des leçons. On y croise évidemment Machiavel, les Borgia, mais aussi des figures bien plus contemporaines comme les Tech Bros : Elon Musk, Jeff Bezos, ou les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, et d’autres encore. L’essai se termine de façon assez inattendue sur plusieurs chapitres consacrés à l’intelligence artificielle et à son impact croissant sur le pouvoir et la politique mondiale.

    Le livre se lit rapidement. Et même si, comme le titre le suggère, il ne respire pas l’optimisme, il éclaire un phénomène troublant : comment un homme d’affaires lubrique à moitié dément peut devenir président des États-Unis, tandis que des candidats démocrates brillants, tous avocats, échouent faute de flair politique ou d’instinct prédateur.

    Seul bémol : le livre est un peu court, et j’aurais aimé qu’il développe davantage de perspectives ou de pistes de réflexion pour l’avenir.
    Mais je le recommande vivement — à condition d’avoir le moral suffisamment solide ! 😉

  • Le Gardien de Téhéran : Une Odyssée Artistique et Héroïque

    Le Gardien de Téhéran : Une Odyssée Artistique et Héroïque

    Je viens de terminer Le Gardien de Téhéran de Stéphanie Perez. Ce roman s’inspire d’une histoire vraie — adaptée et romancée pour protéger l’identité des personnes concernées — celle d’un jeune garçon embauché comme chauffeur-livreur pour le futur musée d’art moderne de Téhéran, fondé en 1977 par Farah Diba, l’épouse du Shah d’Iran. Par un enchaînement de circonstances, il devient malgré lui le gardien d’un trésor artistique inestimable : des milliers d’œuvres modernes et contemporaines, qu’il protégera avec une loyauté admirable face à la haine destructrice des mollahs, après la révolution islamique.

    En tant qu’Iranien ayant quitté le pays peu après 1979, ce récit m’a profondément ému. Il se lit comme un roman à suspense, tout en nous offrant une plongée saisissante dans l’univers de l’art moderne — Rothko, Warhol, Picasso, les impressionnistes — à travers le regard d’un jeune homme peu instruit, mais dont la sensibilité et le sens du devoir le transforment en héros discret et lumineux.

    Le livre donne également à voir la violence brutale d’un régime théocratique, semeur de mort, de peur et d’obscurantisme. Les événements récents au Moyen-Orient rappellent tragiquement que cette barbarie continue de ravager les vies, d’anéantir la culture et d’empoisonner l’âme des survivants.

    Je recommande chaleureusement ce court récit à quiconque souhaite découvrir, à travers l’art, l’histoire poignante d’un pays déchiré, et les prémices d’une révolution qui a trahi ses promesses de liberté.