Note : Article de 2019 que je n’avais pas mis en ligne.
Voici une lecture d’été, « En route vers l’ouest » de Jim Harrison. Oui la belle saison est loin, mais j’ai lu ce livre un été et pour moi il reste associé à cette saison.
Jim Harrison est un très grand auteur américain des grands espaces que ma femme adore et que je n’avais jamais lu.
C’est un recueil de quatre très longues nouvelles dont la première a pour héros Chien Brun, un indien métissé, apparemment personnage déjà présent dans d’autres romans. C.B. est pour l’œil des américains moyens qu’il croise un crétin, un simplet, mais Jim Harrison a une écriture extraordinaire qui rend tout ses personnages attachants et surtout très drôles.
J’ai beaucoup apprécié la logique toute simple, voire primitive de C.B. dont les seuls buts dans la vie sont dormir (dans un parc botanique de Los Angeles, l’air de rien…), manger (quitte a braconner innocemment ou pêcher à Hollywood…), faire l’amour et retrouver sa peau d’ours fétiche qu’un activiste indien escroc lui a subtilisé dans son Michigan natal, l’obligeant à traverser la moitié des USA jusqu’à Hollywood.
Les quatre nouvelles sont vraiment bien écrites, parfois très drôles, parfois émouvantes. Je ne connaissais pas l’auteur mais je suis maintenant conquis. Je pense aussi que la traduction est excellente et fidèle à l’auteur, ce qui doit beaucoup aider. Le style, l’humour me font penser à John Kennedy Toole (« La conjuration des imbéciles » dont j’ai parlé ici) ou Thomas Pynchon, autre très grand auteur américain.
J’ai adoré et je conseille vivement Jim Harrison !
Note : Article de 2019 que je n’avais pas mis en ligne.
Hello, ma critique BD de la semaine est Habibi de Craig Thompson, que j’ai lu en anglais.
L’auteur était déjà connu et réputé (je pense !) pour Blankets qui racontait son enfance dans sa famille de chrétiens intégristes dans l’Amérique profonde. Ici l’histoire se déroule dans un pays arabe imaginaire et raconte la vie d’une fille, Dodola, qui avait 12 ans au début de l’histoire, vendue et mariée à un homme beaucoup plus âgé, puis volée pour être vendue comme esclave, et de Habibi, un enfant noir de 3 ans qu’elle sauva de la mort sur le marché aux esclaves. Dodola finira dans le harem d’un sultan cruel et lubrique et Habibi aura d’autres péripéties avant de se lancer à la recherche de Dodola au bout de quelques années.
Tout comme Blankets, Habibi est un roman graphique. D’ailleurs Blankets était pour moi, avec Persepolis de Marjane Satrapi, l’archétype du roman graphique. Il est long comme un roman, 650 pages !, les dessins sont magnifiques et le style fait penser aux Milles et une nuits, très onirique. L’histoire est vraiment triste, même si elle parle d’amour et de fidélité éternelle. Elle est ponctuée de morts, de soumission (à l’Islam, à l’esclavage, au règles du harem, sexuelle, à la loi du plus fort…), mais le lien entre Dodola et Habibi est plus fort que tout jusqu’au bout.
J’ai bien aimé cette BD atypique, les dessins sont vraiment très beaux, Craig Thompson utilise la calligraphie et la mélange magnifiquement au dessin, la narration est originale, non linéaire, mais l’histoire provoque néanmoins un certain malaise chez moi : tout et tout le monde semblent malsain autour des deux personnages. L’auteur, qui dans Blankets décrivait son combat pour se libérer de l’intégrisme religieux de ses parents, semble ici fasciné par l’Islam et je trouve ça assez dérangeant aussi. Mais dans l’ensemble je recommande quand même ce roman graphique qui est vraiment magnifiquement construit.
Un exemple des dessins magnifiques mélangés à de la calligraphie :
Lecture consécutives de 3 adaptations BD de Frankenstein que ma grande fille, fan de romans gothiques du 19ème siècle, a achetées. Les trois sont très bien !
Celle de Georges Bess, très grand format, est sombre, grandes images, peu de texte, très fidèle avec le roman.
Celle de Sandra Hernández, adaptation féminine, est assez fidèle aussi, le dessin est moins net, le monstre une ombre noire, l’accent est mis sur la genèse, la relation génitrice/créature, sans dénaturer l’histoire.
Celle de Junji Ito comporte bien sûr plus d’horreur visuelle, mais aussi beaucoup plus de dialogues que les deux autres adaptations. Elle est très fidèle, sauf pour la fin qui a été modifiée.
J’ai aimé les 3, avec une préférence pour les versions de Junji Ito et Georges Bess.
Après de nombreuses lectures plus techniques (livres d’informatique) ou plus légères
(bandes dessinées), voici un livre de sociologie, qui est à la fois un témoignage
personnel, que j’ai trouvé excellent et vraiment essentiel dans la période actuelle.
Il est de plus très rapide à lire, 186 pages que j’ai dévorées pour moité dans les transports
un soir et à la maison le lendemain matin !
J’ai d’autant plus apprécié ce livre que j’ai vu Gérald Bronner quelques mois
auparavant dans un cycle de conférences au MK2 Odéon intitulé
« Pourquoi les croyances ne disparaîtront-elles pas ? », et l’auteur m’a
dédicacé le présent livre 🤩
En partant de ses propres origines, qu’il nous décrit subjectivement, avec la charge
de l’émotion, mais sans aucun storytelling ou mensonge comme certains auteurs qu’il
dénonce justement, Bronner se pose la question de ce qui fait de nous ce que nous
sommes : est-ce nos origines, est-ce la méritocratie, ou bien est-ce plus complexe
que cela ?
Bien évidement la réponse est complexe, et non pas binaire comme certaines personnes
voudraient nous le faire croire !
Les personnes qui sont sorties de leur milieu d’origine,
généralement modeste, pour évoluer dans un milieu plus bourgeois, plus intellectuel sont
les « transclasses », et Gérald Bronner en fait partie.
Or il y a en effet une mode parmi les transclasses (qu’on appelle d’ailleurs parfois
« transfuge de classe », mot très chargé d’un sens négatif et d’une notion de trahison…) de
présenter leurs origines sous une forme misérabiliste, voire d’avoir honte d’avoir changé de classe sociale.
C’est cette lecture simpliste et négative que Bronner dénonce et démonte dans son livre,
avec des arguments basés sur sa propre histoire, subjective donc, mais aussi sur des
recherches sérieuses, notamment en sociologie.
Et c’est un plaisir de voir Bronner démonter et moquer certains de ces auteurs
misérabilistes insupportables, comme Édouard Louis et Annie Ernaux. Le passage
décrivant tous les mensonges qu’Édouard Louis a racontés sur sa famille est un délice !
Le voici :
Sans me prononcer sur la qualité littéraire du texte, le parcours mythogénétique de l’écrivain est tout à fait exemplaire. Il publie, en 2014, à l’âge de 21 ans, alors qu’il est étudiant en sociologie et imprégné de la vision bourdieu- sienne du monde, un livre très remarqué, En finir avec Eddy Bellegueule, où il décrit une enfance cauchemardesque dans un milieu homophobe gangréné par l’alcoolisme et la misère. Un prototype de récit doloriste qui, par contraste, auréole le narrateur d’héroïsme social. Son roman autobiographique a créé un énorme malaise à Hallencourt, le petit village de la Somme dans lequel l’écrivain a grandi. Un journaliste du Courrier picard écrit : << Installée aujourd’hui dans un pavillon propret à l’entrée d’Hallencourt, la vraie famille d’Édouard Louis n’a, à première vue, pas grand-chose à voir avec celle à la Germinal, misérable, inculte et vulgaire, décrite dans le roman. »
Annie Ernaux, d’autres auteurs, ainsi que le trop célèbre sociologue manipulateur
Pierre Bourdieu sont décortiqués et leur propos fallacieux démontés de la même façon.
Le livre fait également un détour par l’analyse de la pensée conspirationniste, car
c’est un thème qui n’est en effet pas très éloigné de celui de la mythologie des
transclasses : diviser le monde en « gentils pauvres » et « méchants riches / dominants », et affirmer que cette seconde catégorie maintient volontairement la
première dans la servitude, comme le font certains transclasses ou les soutiens
misérabilistes des transclasses, est une théorie conspirationniste infondée.
Pour toutes ces raisons, parce que la mode est au misérabilisme, au populisme,
à la manipulation des opinions, je pense que la lecture de ce livre est essentielle.
J’ai découvert « Les 5 Terres » récemment, j’ai bien aimé le tome 1. Comme j’en parlais brièvement sur le groupe Facebook Bubble, un fan absolu m’a parlé de la sortie d’une intégrale en édition limitée. C’est un épais volume avec une très belle couverture cartonnée toilé, jaquette, 6 ex-libris signés par les auteurs, avec un tirage limité à 280 exemplaires au prix modique de… 235 € !
Et évidemment j’ai craqué ! Mais je ne regrette pas mon achat, le volume est splendide.
Les ex-libris sont très beaux mais, pour l’instant, je les laisse en sécurité dans la BD.
Corben – Intégrale des publications Eerie & Creepy
J’ai découvert Corben par l’intermédiaire de <a href= »{{}} »>Métal Hurlant. L’auteur est mort en 2020.
C’est pourquoi son éditeur, Delirium a décidé de lui rendre hommage et de sortir une intégrale de ses publications dans les revues Eeerie et Creepy. Cette édition limitée et numérotée à 2500 exemplaires, avec dos toilé et sérigraphié, est proposée dans le cadre des 10 ans de DELIRIUM.
Là aussi cette intégrale est superbe.
Locke & Key
Je continue ma lecture de Locke & Key. Cette fois-ci, en cadeau pour l’achat des deux tomes, j’ai eu une mini-BD hors commerce avec deux courtes histoires assez drôles.
Ghost World
J’ai lu Ghost World de Daniel Clowes en anglais ce week-end. C’est une bande dessinée « _Coming of age_ » sur Enid et Rebecca, deux amies de 18 ans, à la charnière de l’enfance et de l’âge adulte. Rebelles, cyniques, frustrées de ne pas avoir de petit ami, les deux filles commencent à s’éloigner.
Bandes dessinées très intéressantes, parfois difficiles à comprendre pour moi à cause de l’argot américain, c’est l’une des bandes dessinées indépendantes américaines les plus réputées. Il y a même un film basé sur le livre, je ne l’ai pas vu cependant.
Meadowlark
Une autre BD en anglais que j’ai lue hier soir, Meadowlark d’Ethan Hawke (l’acteur !) et Greg Ruthe. Ce n’était pas ce à quoi je m’attendais : Je pensais que ce serait “juste” un roman graphique, mais à la place j’ai reçu un coup de poing dans l’estomac ! Oui, comme le dit la quatrième de couverture, c’est une histoire de passage à l’âge adulte, qui parle de la relation dysfonctionnelle entre un fils et son père, mais c’est avant tout un thriller captivant et très violent. Et la violence ne cesse de monter en cascade jusqu’à la fin.
Le dessin est magnifique, très réaliste, bien que très statique même quand il devrait y avoir du mouvement. C’est un peu bizarre, comme si chaque scène était un tableau.
J’ai adoré la bande dessinée, mais ce n’est pas pour les âmes sensibles.