Les lectures de Farzad

Auteur : Farzad

  • « Batman: Year One » by Frank Miller and David Mazzucchelli

    I’m not a big reader of American Comics, I really have very few of them, but since a few months ago our local comic bookstore (BD Geek in Antony, I highly recommend it) was celebrating Batman’s 80th birthday by offering a comic for the purchase of 2 Batman comics, I went there with my daughter, and we each chose one book. My choice was this « reboot » of the genesis of Batman by Frank Miller.

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    I told myself that if I liked the Batman universe, I might as well start with an initiatory story. And so it was Frank Miller who did it in the late 80s at the request of DC Comics.

    The story of Batman is well known, the reason why he became this tormented vigilante too, so there’s no question of rewriting history. Miller has chosen to develop the early career of Batman, a young adult who has returned from intensive training that made him a superhero wanting to take on evil in Gotham, even before he chose a bat as his role model. He’s still clumsy, reckless… and he hasn’t yet made the acquaintance of police officer James Gordon, the only one who knows his identity.

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    And that’s where it gets interesting! Miller also tells the story of Gordon’s arrival in town, a little bit of his personal story, his weaknesses, his strengths… We witness the birth of two characters at the same time in this comic book.

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    The story is dark (surprise!) and the graphics are excellent in my opinion. There are few colors and it renders well the dark atmosphere of the city and the characters. It’s sober, there’s a lot of ellipsis in the story but you often get into Bruce Wayne and James Gordon’s head, thanks to thought bubbles in which they speak in the first person, and it improves the understanding of the story.

    One thing I liked about this edition is that it is enriched with texts and materials provided by David Mazzucchelli and others. He recounts how he discovered Batman as a child, how he started drawing him at the age of 6, and the progress he has made in 20 years! There are also copies of plates of the original version of the story that appeared in episodes on a newspaper magazine: the rendering is totally different, with much less color.

    Another element of these bonuses that I liked a lot is the copy of several pages of Miller’s original synopsis with the first corresponding plate sketch by Mazzucchelli. I find it fascinating to see the author translate his vision of the story into text, with indications of layout, and the layout of the cartoonist, who adds his own style, to the text.

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    Very nice work also at the colorist who redid all the colors for the following versions of the Comics on normal paper.

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    Verdict? I loved it! I think I’ll read more Batman… once I finish the almost 40 unread comics I already have 😅

    References

  • “Si Dieu existe” de Joann Sfar

    Après le joyeux « Greffier » de Joann Sfar, j’ai lu le plus sombre « Si dieu existe », carnet écrit cette fois après plusieurs événements marquants pour l’auteur : Attentat de Charlie Hebdo et de l’hyper casher, mort de son père, séparation avec sa femme…

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    Ce carnet est à mon goût plus introspectif, plus intime que ces premiers carnets, Sfar se dévoile plus, parle de traumatismes de son enfance (mort de sa mère). Le titre est un peu provocateur, Sfar parle un peu de dieu, mais de façon très théorique, pas comme une grenouille de bénitier.

    J’aime bien ce carnet, il est très sympa à lire, le dessin est moins tremblé que dans Greffier. Je pense qu’il plaira notamment à ceux qui comme moi apprécient les journalistes et dessinateurs de Charlie Hebdo dont Sfar parle beaucoup ici.

    Joann Sfar: l’interview « Si Dieu existe »

  • « Greffier » de Joann Sfar

    Encore une fois, j’ai mis plusieurs années avant de lire une BD alors que j’étais enthousiaste en l’achetant : Greffier de Joann Sfar, https://www.editions-delcourt.fr/serie/carnets-de-joann-sfar-greffier.html.

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    Vu le sujet abordé, je sais clairement pourquoi j’ai tant procrastiné.

    Joann Sfar a suivi le procès de Charlie hebdo pour les caricatures de Mahomet. Il a dessiné pendant deux jours les interventions, en grand partie en temps réel. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse il dessine et prend des notes, même mais lui qui est si rapide reconnaît qu’à des moments il avait dû mal à suivre 😃

    Du coup le style est encore plus « tremblé » que d’habitude mais c’est vraiment très intéressant à lire, c’est à la fois drôle et instructif.

    La deuxième moitié du livre reproduit les chroniques de Sfar dans Charlie Hebdo, c’est sympa aussi mais autant j’adore l’auteur, autant je finis par saturer parfois de son style de dessin au bout de 150 pages…

    Dans l’ensemble, et à la vue de tous les attentats horribles qu’il y a eu depuis, c’est une lecture que je recommande vivement.

  • « Leonard2Vinci » de Stéphane Levallois

    Ma lecture de ce week-end est encore une étrange bande dessinée assez contemplative : « LEONARD2VINCI » de Stéphane Levallois.

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    Ce n’est plus tellement surprenant une fois que l’on a vu que c’est un livre co-édité par le Louvre. Il s’agit d’une œuvre de commande du musée, tout comme ce livre de Jiro Tanigushi, « Les gardiens du Louvre » dont j’ai récemment parlé.

    Dans les deux cas il s’agit de bandes dessinées qui ont été produites avant tout pour faire la promotion du Musée du Louvre et de ses œuvres, l’état contemplatif du spectateur n’en est que plus normal 😏 Mais je trouve que cela n’enlève pas d’intérêt à la lecture pour autant.

    J’ai évidemment acheté cette BD au Louvre, pendant la superbe exposition temporaire consacrée à l’œuvre de Léonard de Vinci fin 2019, en même temps que l’énorme et magnifique catalogue officiel de l’exposition :

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    Stéphane Levallois a écrit ici une œuvre de science-fiction qui mêle les tableaux du maître à sa propre vision futuriste. Le mélange est parfois surprenant mais réussi.

    L’histoire est celle d’un vaisseau spatial, transportant les derniers rescapés humains en l’an 15000, qui retourne sur ce qui reste de la Terre ravagée, chercher dans les restes du Musée du Louvre des traces d’ADN du génie de la renaissance pour le cloner. Ce clone, Léonard 2, sera conçu pour les aider, par son savoir-faire scientifique et militaire, à combattre et éliminer une armée extra-terrestre qui les pourchasse.

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    Ça ne tient pas la route ? Ce n’est pas très grave ! Nous sommes là pour rêver et contempler les œuvres. J’imagine qu’avec un scénario plus élaboré, une BD plus longue, cette trame aurait pu être développée pour être plus crédible mais, comme je le disais au début, le but est surtout de mêler les œuvres à une création de bande dessinée de science-fiction moderne.

    Le fait que j’aie vu l’exposition peu avant et que je reconnaisse la plupart des tableaux, esquisses et cahiers utilisés dans la BD m’a très certainement rendu sa lecture plus compréhensible.

    Je pense en effet que sans une connaissance préalable de l’œuvre de Vinci, le mélange des genres, les visages caricaturaux dans un décor de SF, les poses étranges, semblent tous incongrus au lecteur non averti.

    C’est donc avec amusement que je reconnaissais les références dans la BD, comme un clin d’œil, et j’y ai pris énormément de plaisir.

    Comme ici, dans cette planche, le personnage au visage si moderne, case 4 :

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    N’est autre que celui de cette esquisse que j’ai photographiée au Louvre tellement j’ai trouvé le visage beau :

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    Ce qui m’a un peu surpris au début, mais que j’ai accepté comme un hommage par la suite, c’est le fait que l’auteur de la BD n’a pas complété les blancs laissés par Léonard de Vinci. Vinci était connu pour avoir fini très peu d’œuvres, Stéphane Levallois a respecté cette incomplétude alors qu’il aurait pu, ici par exemple, dessiner un crâne ou un casque.

    Ici, lorsque Leonard 2 fait l’étalage de sa science militaire :

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    On reconnait la Cène magistrale (je suis désolé du cadrage, il y avait trop de monde pour se mettre en face…) :

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    Plus loin, ce « robot » a les traits d’un croquis d’habit militaire :

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    Et des retours en arrière au XVIème siècle nous font revivre des moments de la vie de l’artiste :

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    Et ce garçon espiègle à l’angle du mur :

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    N’est autre que le magnifique Saint Jean-Baptiste :

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    Il y a donc peu de choses à dire sur l’histoire de cette bande dessinée, il faut surtout contempler, admirer (si on aime comme moi…) les œuvres mêlées de Stéphane Levallois et Léonard de Vinci.

    Je recommande cette BD plus aux amateurs du maître de la renaissance qu’à ceux qui chercheraient un beau roman graphique. Ceux-ci seront déçus.

  • “Le danger sociologique” de Gérald Bronner et Étienne Géhin

    J’ai lu « Le danger sociologique » de Gérald Bronner et Étienne Géhin. Les deux auteurs sont sociologues, Bronner notamment est assez connu et réputé, il écrit régulièrement des articles de très bonne qualité, notamment dans Sciences & Pseudo-sciences, ou plus récemment dans Marianne.

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    Pour résumer, l’ouvrage est une critique d’une certaine forme de sociologie dite « _holistique_ » qui fait la part belle au déterminisme sociale et ignore les composantes psychologiques des faits sociaux ou les apports des neurosciences, versus la sociologie « _analytique_ » qui les intègre dans son champs. La sociologie de Bourdieu (déterminisme social) est plutôt menée à mal dans cet ouvrage, ainsi que celle d’Edgar Morin (qui croit à la magie et à la noosphère… 😠).

    Le livre est bien étayé, de nombreuses références et des exemples concrets qui permettent de découvrir la sociologie, mais il reste assez difficile à lire même s’il est passionnant.

    Je le recommande à ceux que le sujet intéresse, mais aussi parce que les enjeux abordés sont des sujets majeurs de société (déterminisme social, les complots, l’État, le grand méchant Capital, la société vue comme une entité pensante, etc.) et je pense qu’utiliser les mauvais outils sociologique est dangereux pour notre avenir.

    La sociologie sans réductionnisme
    Aujourd’hui, 7 mars 2020, la journaliste Aude Favre, créatrice de la chaîne Youtube Aude WTFake et débunkeuse de Fake News, a fêté les 3 ans de sa chaîne et rendu hommage à Gérald Bronner comme étant l’inspirateur de sa première vidéo.

    Je suis content de voir que sa pensée rationnelle et sa vision de sa sociologie arrive à se faire entendre nos jours, notre époque étant très versée dans le relativisme de la vérité, le complotisme et la promotion de pseudo-sociologues, vrais militants dangereux, comme Laurent Mucchielli, Geoffroy de Lagasnerie, le couple Pinçon-Charlot…